mercredi 22 janvier 2025

Les sœurs Hilton : Cirque, théâtre et humour au programme de la soirée


Il y a des soirées théâtrales qui réservent des surprises. Parfois elles sont mitigées (https://autresarts.blogspot.com/2024/11/dom-juan-ou-le-festin-de-pierre-une.html), parfois elles sont excellentes. Et le spectacle « Les sœurs Hilton » écrit par Valérie Lesort (née en 1975) fait partie des excellentes surprises. Hyper active Valérie Lesort joue aussi dans la pièce qu’elle met également en scène avec Christian Hecq de la comédie française. Et comme de bien entendu en sociétaire de la comédie française qui se respecte, Christian Hecq joue aussi dans la pièce qu’il met en scène.


L’histoire


Nées siamoises en 1908 Violet et Daisy sont le fruit d’une relation illégitime. Considérées comme des monstres du fait de leur « siamoiserie », les deux bébés sont adoptées par la sage femme qui a contribué à les mettre au monde. Mais cette femme n’agit pas par amour mais par cupidité car en les exploitant pendant toute leur enfance elle va gagner des sommes considérables. Pendant leur adolescence et le début de leur vie d’adultes c’est le célèbre « homme de force » Houdini qui va profiter de leur difformité (qui aurait pu être opérée mais que « tantine » craignant de perdre sa source de revenus a toujours refusé). Ainsi pendant presque deux heures on suit la vie des Soeurs Hilton de leur naissance à leur mort dans l’oubli et la misère. L’histoire des deux siamoises permet aussi au public d’assister à des numéros de cirques (comme par exemple le numéro de Houdini)


Une mise en scène dynamique


Valérie Lesort et Christian Hecq ont monté une mise en scène très sobre et d’un dynamisme peu commun. Ça court dans tous les sens mais sans jamais se télescoper ni gêner personne. Il faut se rappeler qu’au début du XXe siècle, les tours de force et la présentation de « monstres » (femmes à barbe, nains – ou personnes de petite taille – , hommes de très grande taille …) sont monnaie courante dans tous les cirques en activité dans le monde. Les sœurs Hilton sont donc tout à fait à leur place dans cet environnement si particulier. Fort heureusement, un siècle plus tard ce n’est plus le cas et tant mieux ; si les interventions sont risquées, il arrive de temps en temps que des siamois soient séparés leur permettant ainsi de vivre leur vie comme tout un chacun.


Cinq comédiens très en forme


Hélène Lesort, Monika Schwarz et Claire Jouët-Pastré (qui jouent en alternance) sont les seules à jouer les rôles de Daisy et Violet sans en endosser d'autres – et on peut le comprendre car ce sont deux rôles épuisants pour leurs interprètes – , Yann Frisch, Christian Hecq et Renaud Crols jouent plusieurs rôles et ils y prennent un véritable plaisir. De « tantine » – la mère adoptive des jumelles – à Houdini en passant par la mère biologique des bébés et plusieurs personnages qui ont croisé la route des Soeurs Hilton au cours de leur vie. Et on s’amuse avec eux de toutes les facéties qui fusent pendant deux heures pour la plus grande joie d’un public venu nombreux en ce froid vendredi soir de janvier.


Ce spectacle qui allie cirque et théâtre est un pur moment de bonheur tant les comédiens et le chien (qui fait l’annonce à micro en début de soirée – annonce qui fait éclater de rire toute la salle – et qui apparaît deux ou trois fois en cours de soirée) prennent un malin plaisir à jouer sur la vaste scène du théâtre. Je n’ai pas toujours ri, mais j’ai souvent souri. Je ne peux que vous recommander d’aller voir Les Sœurs Hilton.


Compte rendu, théâtre. Poitiers. Théâtre, le 17 janvier 2025. Valérie Lesort (née en 1975) : Les sœurs Hilton. Yann Frisch, Christian Hecq, Valérie Lesort, Céline Milliat-Baumgartner, Renaud Crols. Avec la participation de Monika Schwarz et de Claire Jouët-Pastré en alternance ; apparitions de Charlie l'Aboyeur. Valérie Lesort, Christian Hecq de la comédie française, mise en scène.


Crédit photo : C Gulliver Hecq

vendredi 10 janvier 2025

Benjamin Laverhne et Pierre Lottin s’éclatent en fanfare


 

En 2024, j’ai vu plusieurs très beaux films, dont certains en avant première, comme par exemple Le Molière imaginaire d’Olivier Py (https://autresarts.blogspot.com/2024/02/le-moliere-imaginaire-olivier-py-filme.html) ou encore, plus récemment, La pie voleuse de Robert Guédiguian (https://autresarts.blogspot.com/2024/12/la-pie-voleuse-un-nouvel-opus-tres.html). Si j’ai été franchement déçue par la dernière version du Comte de Monte Cristo (que j’ai trouvé vraiment trop éloigné du livre éponyme) et par Mon inséparable (que je déconseille fortement entre autres raisons à cause d’un scénario sans queue ni tête), le premier film que j’ai vu en 2025 est sorti depuis plus de quatre mois et connaît enfin un succès grandement mérité : En fanfare dont Benjamin Laverhne, l’un des trois comédiens principaux, est poitevin.


L’histoire


Chef d’orchestre de renommée internationale, Thibaud Désormeaux voyage de par le monde. La découverte d’une leucémie l’oblige à entrer en lui même, d’autant qu’il s’avère que sa sœur n’est pas sa sœur, qu’il a été adopté et qu’il a un frère biologique dont il a été séparé au moment de son adoption. La violence de ces découvertes qui s’abattent sur lui en cascade l’éloigne de sa mère adoptive et de sa sœur et lui permet de se rapprocher de Jimmy, son frère, qui, une fois passé le choc de la découverte de ce frère inattendu, consent à l’aider en lui faisant un don de moelle osseuse. Quant à Jimmy, tromboniste dans l’harmonie du village ou il a grandi, il apprend à connaître ce frère qui lui tombe du ciel.


Une distribution exemplaire


Emmanuel Courcol a confié les rôles principaux de En fanfare à un trio très inspiré. Benjamin Laverhne est un Thibaud de très belle facture, énergique, amoureux de la vie (d’autant plus quand il apprend qu’il est atteint de leucémie), très pédagogue, d’une patience d’ange avec son frère. Laverhne rend avec une aisance confondante les sentiments contradictoires de Thibaud très affecté par la maladie et très secoué par les découvertes que cela entraîne pour lui. Pierre Lottin est tout aussi brillant en Jimmy. D’abord choqué lorsqu’il découvre qu’il a un frère, il finit par l’aider avec un don de moelle osseuse mais lui conserve une certaine rancune puisqu’il a grandi dans le Nord, au milieu des corons quand Thibaud était élevé à Meudon, la banlieu chic de Paris. Cela étant dit l’amour des deux frères pour la musique les rapproche même s’ils exercent dans deux styles totalement différents, l’un dirigeant de la musique classique l’autre étant tromboniste dans l’harmonie de son village. Sarah Suco est une très belle Sabrina et donne la réplique aux deux hommes avec un bel aplomb. Ouvrière sur le point d’être licenciée d’une usine fantôme (presque tous les postes de travail ont déjà été enlevés et les syndicalistes bloquent les entrées pour empêcher que le reste du matériel disparaisse également mais en vain) elle n’a plus d’autre activité que l’harmonie pour garder un minimum de dignité. Outre ce trio de toute beauté, j’ai vu des rôle secondaires parfaitement distribués qui font honneur à Emmanuel Courcol en donnant à ce film qui mérite grandement son succès.


Si certains films connaissent un succès immédiat, comme Un p’tit truc en plus de Artus par exemple (10 806 808 entrées cumulées entre le 1er mai et le 18 décembre 2024, un record pour 2024) d’autres comme En fanfare ont besoin de temps pour démarrer (le film cumule déjà plus de 1 854 000 entrées depuis sa sortie le 27 novembre dernier). J’espère que le film poursuivra sa route pendant encore quelques semaines.


Compte rendu cinéma. Poitiers. TAP Castille, le 6 janvier 2025. Emmanuel Courcol (né en 1957) : En fanfare. Emmanuel Laverhne, Thibaut ; Pierre Lottin, Jimmy ; Sarah Suco, Sabrina ; Jacques Bonaffé, Gilbert Wosniak ; Ludmilla Mikaël, actrice ; Anne Loiret, Claire ; Yvon Martin, Anthony. Durée : 1 heure 44 minutes. Sortie nationale : 27 novembre 2024


Crédi photo : France Musique

lundi 30 décembre 2024

Revue de presse cinéma et théâtre


Cinéma


2024 a été une année riche en évènements cinématographiques. Et rien que pour le nombre d’avant premières qu’on a eu entre le TAP-cinéma et le TAP de Poitiers, je me réjouis du changement de direction. Mais les avant premières ne sont pas présentées que dans l’année puisque le Poitiers Film Festival a aussi des créneaux pour des avant premières (qu’il s’agisse de premiers films ou de longs métrage de cinéastes chevronnés). Cela étant dit, il y a aussi des films qui sortent à un rythme effréné en dehors du cinéma d’art et d’essai.


- Dès le mois de janvier on a eu l’avant première du film d’Olivier Py sur Molière : Le Molière imaginaire. J’avais apprécié le film tout en émettant des réserves sur les scènes homosexuelles que j’avais trouvé un peu trop trash à mon goût https://autresarts.blogspot.com/2024/02/le-moliere-imaginaire-olivier-py-filme.html. Malgré cela, le film est de très belle facture et le travail de recherche mené par Olivier Py sur Molière, et notamment sa mort et ses funérailles, entourées d’une épaisse couche d’ombre, est assez i mpressionnant.


- En mai dernier, j’ai vu Petites mains de Nessim Chickaoui avec Corinne Masiero. La mise en avant des femmes de chambre des grands hôtels, souvent précaires, souvent étrangères dépendant de leur employeur (des sous-traitants souvent peu scrupuleux) pour conserver leur travail est importante ne fusse que pour tenter de changer les choses. https://autresarts.blogspot.com/2024/05/petites-mains-quand-linvisibilite.html


- Décembre est le mois du Poitiers Film Festival. Et cette année j’ai vu un certain nombre de courts métrage. Entre la sélection internationale, la compétition So french et les films du pays invité (la Lituanie) et les longs métrages j’ai eu de quoi faire :


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/so-french-une-competition-100-francaise.html


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/poitiers-film-festival-un-palmares-qui.html


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/focus-pays-le-poitiers-film-festival.html


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/une-selection-internationale-de-qualite.html


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/proxima-la-planete-mars-en-ligne-de.html


—> https://autresarts.blogspot.com/2024/12/sorry-dave-une-creation-theatrale.html


- Juste après le Poitiers Film Festival, on a eu droit à l’avant première de La pie voleuse, le dernier opus de Robert Guédiguian dans lequel joue son épouse Ariane Ascaride. C’est un film de toute beauté que je vous recommande tout particulièrement. La sortie nationale de ce si beau film est prévue le 29 janvier prochain :

https://autresarts.blogspot.com/2024/12/la-pie-voleuse-un-nouvel-opus-tres.html


Théâtre


J’ai vu pas mal de choses, mais il y en a peu qui m’ont donné envie d’écrire. Le seul article que j’ai publié cette année concerne Dom Juan dont la tournée s'est arrêtée à Poiters en novembre dernier  ; la pièce était remarquablement interprétée mais il y a quand même beaucoup de choses qui m’ont gênée aux entournures. https://autresarts.blogspot.com/2024/11/dom-juan-ou-le-festin-de-pierre-une.html


L’année a été bien remplie et j’ai vu de belles choses, même si je ne les ai pas toujours partagées avec vous. En tout cas, dans les prochaines sorties cinématographiques, je vous recommande sans hésiter La pie voleuse de Guédiguian


Crédit photo : Arthur Péquin

Sorry Dave : une création théâtrale exprès pour le Poitiers Film Festival


 

Si le Poitiers Film Festival est l’occasion de voir des réalisations de jeunes gens tout juste sortis de leurs écoles de cinéma, le public a aussi la possibilité de voir des créations originales. Et Sorry Dave ne fait pas exception. Cette pièce de théâtre écrite et mise en scène par Émilie le Borgne spécialement pour le Poitiers Film Festival sur proposition de Camille Sanz, la déléguée générale de la manifestation se déroule sur une planète indéterminée avec en fond de scène la diffusion de films consacrés à l’espace. Le plus ancien de ces films date de 1902, le plus récent a été réalisé en 2023. pour cette création un peu particulière, ce sont les étudiants de la section théâtrale du CRR* de Poitiers qui ont donné vie aux astronautes imaginés par Émilie le Borgne.


Le public était venu nombreux pour assister à cette création originale qui allie théâtre et cinéma. Bien sûr on était en plein dans le thème puisque le PFF** se concentrait en 2024 sur l’espace (le titre exact était « Rêver l’espace »). Et le public s’est pris au jeu en allant aux diverses projections et « A côtés » organisés pendant cette semaine intensive de cinéma (mais pas que). Sorry Dave, c’est l’histoire d’un groupe d’astronautes qui arrivent sur la Mars. Bloqués sur la planète pendant plusieurs années ils s’organisent pour vivre au mieux dans un environnement hostile. Entre clans, « petits maux », blessures diverses, on vit avec eux pendant toute la durée du spectacle. Cela étant dit, les étudiants de la section Théâtre du CRR de Poitiers ont parfois du mal à faire passer les émotions et les sentiments contradictoires des personnages qu’ils incarnent. Mais d’un autre côté, c’est pour eux une occasion exceptionnelle de mettre en pratique ce qu’ils apprennent à longueur d’année au conservatoire et on ne peut pas attendre d’eux qu’ils aient la même expérience qu’un comédien chevronné.


L’idée de Camille Sanz d’allier théâtre et cinéma était excellente car elle a permis au public de voir ou de revoir des films dont l’espace, la lune, la planète Mars étaient le coeur de cible. Cela a aussi permis de constater que la fascination pour l’espace remonte au tout début du cinématographe dès les années 1900 (Le voyage dans la lune datant de 1902). La collaboration entre Émilie Le Borgne, qui a écrit et mis la pièce en scène, et le Poitiers Film Festival a également permis aux étudiants du Conservatoire à Rayonnement Régional de Poitiers de faire leurs armes sur le vaste plateau de l’auditorium.


Compte rendu, théâtre. Poitiers. Auditorium, le 5 décembre 2024. Émilie Le Borgne (née en 1984) : Sorry Dave. Étudiants du Conservatoire à Rayonnement Régional de Poitiers ; Compagnie Le théâtre dans la forêt. Émilie Le Borgne, mise en scène.


* CRR : Conservatoire à Rayonnement Régional


** PFF : Poitiers Film Festival


Crédit photo : Le théâtre dans la forêt

vendredi 27 décembre 2024

Proxima : la planète Mars en ligne de mire des missions au départ de la Terre


 

La planète Mars est un rêve pour l’ensemble des pays qui ont un programme spatial (États Unis, France, Russie …). Les programmes fleurissent pour tenter d’atteindre d’autres planètes que la lune (faute d’un meilleur terme pour qualifier le satellite de la terre). Proxima n’échappe pas à ce rêve d’ailleurs puisque les russes financent un programme international pour une mission qui va durer un an. Avec Proxima Alice Winocour fait entrer le spectateur dans un univers très macho, très dur ou personne ne fait de cadeau à personne. Et Sarah le prend en plein dans la figure : seule femme à intégrer le programme d’entraînement en vue du départ pour Mars, elle subit de plein fouet les attaques machistes et sexistes de ses collègues (à commencer par le cosmonaute américain qui lui suggère de suivre un entraînement allégé du fait qu’elle est une femme et qu’elle ne supportera jamais le programme « normal »).


Mais Sarah – campée par une très inspirée Eva Green – ne tient pas compte des réflexions sexistes des autres participants du programme et, malgré l’épuisement, les blessures, les doutes elle s’accroche montrant à chacun qu’elle est courageuse et qu’elle mérite autant que ses collègues masculins de participer à la mission Proxima. Mais l’entraînement et la préparation au départ ne sont pas tout, car il faut continuer à gérer la vie de famille ; Stella, âgée de 8 ans, vit mal le départ de sa mère qu’elle ne verra pas pendant plus d’un an. Zélie Boulant-Lemesle est parfaite dans le rôle de la petite fille un peu paumée qui finit par faire la tête à sa mère avant de revenir vers elle. Fille d’une française et d’un allemand (un scientifique), l’enfant parle couramment les deux langues et quand elle est fâchée contre sa mère, Stella ne parle qu’en allemand. Matt Dillon est un Mike sexiste et macho à souhait. Furieux de voir une femme intégrer la mission vers Mars au lieu de rester à la maison pour gérer les enfants et la vie quotidienne, il fait tout pour la décourager. Cela étant dit, les spationautes doivent admettre que Sarah est une femme courageuse et qu’elle est digne de participer à la mission.


C’est un beau film que Alice Winocour a réalisé et dans lequel on notera la participation de l’astronaute français Thomas Pesquet. On regrettera quand même que dans la « vraie vie » si peu de femmes aient participé à des missions spatiales au cours des cinquante dernières années ; la dernière étant la française Claudie Haigneré.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. Tap Castille, le 2 décembre 2024. Alice Winocour (née en 1976) : Proxima. Eva Green, Sarah Loreau ; Zélie Boulant-Lemesle, Stella Ackermann Loreau ; Matt Dillon, Mike Shanon …. Sortie nationale : 2019. Durée : 1 heure 47


Crédit photo : Thomas Périllon (pour le Bleu du Miroir)

jeudi 26 décembre 2024

La pie voleuse : un nouvel opus très réussi pour Robert Guédiguian


Voilà bien longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de voir un film de Robert Guédiguian (né en 1953). Avec la prochaine sortie de La pie voleuse (qui n’a de commun que le titre avec l’opéra de Gioachino Rossini [1792-1868] mais dont on retrouve quand même quelques extraits de l’ouverture dans le film) c’est désormais chose faite. Comme de bien entendu, on retrouve avec plaisir l’équipe d’acteurs qui tourne habituellement avec Guédiguian à commencer par Ariane Ascaride, son épouse, dans le rôle féminin principal. Pendant la tournée de promotion du film, qui sortira le 29 janvier prochain, Robert Guédiguian et Ariane Ascaride se sont arrêtés à Poitiers le 15 décembre dernier pour une avant première exceptionnelle qui a eu lieu devant une salle bondée qui a réservé un accueil enthousiaste au couple visiblement très ému.


L’histoire


Maria, la soixantaine, tire le diable par la queue. Pour s’en sortir elle s’occupe de personnes plus âgées qu’elle avec une dévotion extrême. Mais même si ces personnes l’adorent, pour son dévouement et sa gentillesse, elle ne peut pas s’empêcher de voler ci et là un billet de temps à autre et se sert de chèques signés en blanc pour aider son petit fils adoré. C’est une plainte pour abus de faiblesse qui va bouleverser sa vie, celle de sa famille et celle de ses clients.


Une distribution au top


Quand on va voir un film de Robert Guédiguian, on sait qu’on verra un trio de comédiens soudés. Ainsi Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean Pierre Darroussin tiennent ils les trois rôles principaux de ce nouvel opus. Ariane Ascaride est une Maria remarquable ; Très humaine et dévouée elle prend soin de « ses petits vieux » avec une vraie tendresse, allant même jusqu’à les réconforter les soirs d’orage. Grand mère poule, elle aide son petit fils, excellent pianiste, à vivre ses rêves quitte à se faire prendre la main dans le sac. Gérard Meylan est un Bruno inégalable. Très attaché à Maria, il la désapprouve lorsqu’il la voit gâter plus qu’il ne le faudrait Nicolas avec le fruit de ses larcins. Mais il ne peut rien dire car Bruno est un joueur invétéré : il perd beaucoup d’argent aux cartes et Maria le sait. Ce couple, qui se reforme à chaque film de Guédiguian, est très attachant et mène la danse avec talent. Égal à lui même, Jean Pierre Darroussin est excellent dans le rôle du vieux Mr Moreau. Il est en fauteuil roulant mais il a un sens de l’humour aiguisé et il est si attaché à Maria qu’il déprime et qu’il n’accepte pas vraiment sa remplaçante lorsque Bruno la contraint à s’éloigne de lui et de tous les clients qu’elle a lésé après qu’une plainte pour abus de faiblesse ait été déposée contre elle par la belle-fille de Mr Moreau. Grégoire Leprince-Ringuet campe un Laurent revenchard, en colère contre son père et contre le monde entier. Et Grégoire Leprince-Ringuet rend à merveille les sentiments contradictoires de Laurent qui change du tout au tout après sa rencontre avec Jennifer. Marilou Aussiloux est une belle Jennifer mais elle peine à convaincre notamment dans ses deux ou trois premières apparitions. C’est à partir de la rencontre avec Laurent que la jeune femme devient elle même. Convaincants aussi Robinson Stévenin (Kévin) et Torvald Sondergaard bien qu’ils soient moins présents à l’écran.


Marseille encore et toujours


Un film de Robert Guédiguian c’est aussi la certitude de voir Marseille en toile de fond de l’intrigue. Et comme de bien entendu, Guédiguian nous promène dans les rues de l’estaque avec de petites incursions sur la canebière. Les vues sont splendides, notamment celles que l’on découvre depuis la terrasse de la maison de Mr Moreau qui y passe d’ailleurs beaucoup de temps et pour cause. De la canebière on ne voit que le haut à deux ou trois reprises mais cette avenue rendue célèbre par « Un de la canebière » de Vincent Scotto (1874-1952) a toute sa place dans cette belle fresque.


C’est un film superbe que nous ont présenté Robert Guédiguian et Ariane Ascaride qui ont reçu une ovation debout à leur retour dans la salle après la projection. Et ce nouvel opus mérite grandement l’accueil enthousiaste qu’il a reçu de la part du public venu très nombreux en ce froid dimanche de décembre.


Compte rendu cinéma. Poitiers. Théâtre, le 15 décembre 2024. Robert Guédiguian (né en 1953) : La pie voleuse. Ariane Ascaride, Maria ; Jean Pierre Darroussin, Mr Moreau ; Gérard Meylan, Bruno ; Grégoire Leprince-Ringuet, Laurent ; Marilou Aussiloux, Jennifer ; Lola Neymark, Audrey ; Robinson Stévenin, Kévin; Torvald Sondergaard, Nicolas. Sortie nationale : 29 janvier 2025. Durée : 1 heure 41 minutes


Crédit photo : Rodolphe Faure (pour France Bleu)

samedi 21 décembre 2024

Une sélection internationale de qualité au Poitiers Film Festival


Dès les débuts du Poitiers Film Festival – ex rencontres Henri Langlois – le festival a été dédié au court métrage sous toutes ses formes (fiction, documentaire, film d’animation …). Pour la quarante septième édition du festival ce sont quarante six courts métrage qui ont été sélectionnés. Trente sept d’entre eux l’ont été [sélectionnés] parmi 1375 films reçus pour la sélection internationale ; ils ont ensuite été « répartis » dans huit séries de quatre ou cinq films. Les neuf autres ont rejoint la compétition So French qui a fait l’objet d’un article à part (https://autresarts.blogspot.com/2024/12/so-french-une-competition-100-francaise.html). Contrairement à la quarante cinquième édition de la manifestation (celle qui s’est déroulée en 2022) pendant laquelle j’avais vu une bonne partie des films sélectionnés pour la compétition internationale – au moins quatre ou cinq séries sur les huit – (https://autresarts.blogspot.com/2022/12/poitiers-film-festival-les-court.html), j’ai vu trois séries sur les huit au programme de la sélection internationale Les films que j’ai vus étaient très intéressants, pas toujours vraiment passionnants, mais ils retenaient quand même l’attention pour une raison ou pour une autre.


Sélection Internationale 1 (quatre films) :


- El reinado de Antoine (José Luis Jimenez Gomez ; fiction, 2023. Durée : 18 minutes. Pays : Cuba)


Comment un jeune homme aidant de son père s’évade dans des épopées imaginaires.


- Le Altre vite (Nicolo Folin ; fiction, 2024. Durée : 17 minutes. Pays : Italie).


Grâce à une nouvelle technologie, une institution publique rend possible l’interaction entre les vivants et les morts.


- Tabac froid (Arthur Jamin, film d’animation, 2023. Durée : 10 minutes. Pays : France).


Rares sont ceux qui sortent du silence. La question est : Pourquoi n’en parle-t-on pas ?


- No more pool time (Jonas Baumann, fiction, 2024. Durée : 36 minutes. Pays : Allemagne).


Le nouveau propriétaire d’une piscine est tiraillé entre une promesse faite à sa fille et le gala de charité organisé par sa nouvelle compagne concernant un projet d’alimentation en eau en Afrique.


Sélection Internationale 2 (quatre films)


- Au huitième jour (Flavie Carin,Élise Debruyne, Théo Duhautois, Alicia Massez, Agathe Sénéchal ; film d’animation, 2023. Durée : 8 minutes. Pays : France).


Il a fallu sept jours pour créer le monde ; il n’en aura fallu qu’un pour bouleverser son équilibre.


- Spiritum* (Adolfo Marguilis ; fiction, 2024. Durée : 23 minutes. Pays : Mexique)


Ramiro, jeune toxicomane admis dans un centre de désintoxication reste à l’écart des autres. Progressivement, les expériences et les mots des patients l’obligent à affronter sa réalité.


- Mrs Iran’s husband (Shouhare Iran Khanoum, Marjan Khosravi ; documentaire, 2023. Durée : 27 minutes. Pays : Iran).


Le sultan Mohamad vit dans un royaume au cœur de la montagne avec ses deux épouses, ses 11 enfants et son troupeau de moutons. Il s’efforce de conserver son pouvoir mais son prestige dépend de ses épouses.


- Söder (Raoul Bruck ; fiction, 2024. Durée : 2024. Pays : Autriche).


Kerstin engage un mystérieux jeune homme via le darknet pour se débarrasser de son mari inutile. Mais le tueur à gage présumé, Söder, n’est vraiment qu’un bon à rien qui vit ses fantasmes sur internet.


Sélection Internationale 6 (cinq films)


- The sea in between (Morje Med Nana, Lun Sevrik ; fiction, 2024. Durée : 15 minutes. Pays : Tchéquie).


Alors qu’il aide son père dans l’entreprise familiale, un adolescent renfrogné se retrouve bloqué sur un petit bateau avec un touriste âgé qui lui fait des propositions indécentes.


- Transalpin (Léo Gatiner, Clara Nicolas ; documentaire, 2024. Durée : 21 minutes. Pays : France).


A la frontière franco-italienne, un tunnelier perce la montagne et assèche les ruisseaux. Dans la vallée résonne la colère des villages.


- Dragfox (Lisa Ott ; film d’animation, 2024. Durée : 8 minutes. Pays : Royaume Uni)


Sam, en pleine quête d’identité, voit son chemin bouleversé par sa rencontre avec un mystérieux renard.


- Merry ! (Seungwan Jin ; fiction, 2023. Durée : 20 minutes. Pays : Corée du sud)


Woohee qui a passé l’âge d’être en famille d’accueil, veut et doit faire partie de la société.


- Januari (Jetske Lieber ; fiction, 2024. Durée : 20 minutes. Pays : Pays Bas)


Pour Willem, la vingtaine, Janvier commence par une grosse peine de coeur. Il se retrouve face à cette question : Qui suis je maintenant sans mon ex ?


*Film autobiographique


Ces treize films sont d’une qualité remarquable dans tous les domaines. J’ai eu un énorme coup de cœur pour Dragfox de Lisa Ott (Royaume Uni) et Au huitième jour de Flavie Carin, Elise Debruyne, Théo Duhautois, Alicia Massez et Agathe Sénéchal (France). Ces deux films d’animation durent 8 minutes chacun mais sont parfaits en tout. Je regrette que Au huitième jour n’ait pas été primé (quel crève cœur pour les différents jurys de devoir faire des choix parmi tous ces films exceptionnels) mais Dragfox a reçu deux prix grandement mérités (prix de l’extra court et prix du public). The sea in between (prix du scénario), Januari (prix Manifest) et Transalpin (mention spéciale du jury étudiant) ont également été récompensés bien que The sea in between ne m’ait pas vraiment convaincue (mais il n’en est pas moins très bien réalisé et a le mérite de mettre un coup de pied dans la fourmilière en mettant en avant le gravissime problème de la pédo pornographie et de la prostitution enfantine trop souvent tabou). Spiritum, film autobiographique, (car Adolfo Marquilis a lui même été toxicomane et a séjourné dans un centre de désintoxication) a reçu le prix spécial du jury et c’est également très mérité.


En attendant l’édition 2025 du Poitiers Film Festival, je souhaite bon vent à l’ensemble des réalisateurs qui ont été sélectionnés pour la compétition internationale et j’espère les revoir un jour avec un premier long métrage.


Crédit photo : Arthur Péquin