@ Crédit photo : inconnu
Née en Espagne Maria Casarès fuit l’Espagne avec ses parents et sa sœur dès le début de la guerre civile. C’est en France qu’elle fait ses études puis ses débuts au théâtre. Elle a rencontré l’écrivain Albert Camus en mars 1944 et ils ont entretenu une abondante correspondance du 6 juin 1944 au 15 décembre 1959 reflétant le haut niveau intellectuel qui était le leur mais aussi la force de leur passion amoureuse.
C’est une partie de cette correspondance qu’on récité les comédiens Johanna Silberstein et Brice Carrois dans la salle joliment aménagée de la scène Maria Casarès qui est une extension de la maison Maria Casarès située à Alloue (Charente). La lecture était. précédée d’un brunch agréable ; j’ai apprécié l’ambiance chaleureuse dans laquelle baignait la salle juste avant le début du spectacle.
@ Crédit photo : Elisabeth Froment
Un brunch convivial
C’est une quinzaine de tables plus ou moins grandes qui sont installées dans la première salle ou est aussi installée la caisse. Le brunch du dimanche est sans prétention mais l’assiette qu’on nous apporte est remplie de choses salées et sucrées : œuf mollet, salade composée, cake aux épinards, gâteau aux pommes à quoi on ajoutera au choix thé ou café, pain complet (avec beurre et confitures au choix), jus de pomme ou eau. Installés au gré des réservation le brunch à la scène Casarès donne l’occasion de lier connaissance avec des personnes venues d’autres horizons.
Le spectacle : extraits de la correspondance entre Maria Casarès et Albert Camus
Entre le 6 juin 1944 et le 15 décembre 1959 Maria Casarès et Albert Camus ont échangé 865 lettres. Cette abondante correspondance laisse transparaître l’amour fou qui unissait la comédienne et l’écrivain ; on y découvre aussi les échanges sur les écrits de Camus, notamment concernant la pièce « Les justes » (création le 15 décembre 1949) à la création de laquelle Casarès participa (rôle de Dora), sur les divers rôles de l’actrice, ses déplacements, ses vacances. .. Brice Carrois (Albert Camus) et Johanna Silberstein (Maria Casarès) font revivre les deux artistes à travers la récitation parfaite de quelques unes de leurs lettres ou télégrammes. Les deux voix chaleureuses des comédiens envahissent la salle sans efforts. La centaine de spectateurs se laissent porter par cette correspondance qui reprend vie avec une belle simplicité. Les décors sont simples : une table de café, un lit double et un bureau avec une machine à écrire comme celle que Camus était susceptible d’utiliser. Les sièges, ou plutôt les bancs sur lesquels le public est installés sont disposés avec goût autour des éléments de décors tandis que Mathieu Roy s’installe discrètement en fond de salle pour gérer les lumières du spectacle sans gêner ni les comédiens ni le public. Les costumes « collent » parfaitement à l’époque – années 1940 et 1950 – et on apprécie aussi la sobriété de la mise en scène qui laisse une belle liberté de mouvements à Carrois et Silberstein. C’est à Johanna Silberstein que revient la conclusion de la pièce : l’angoisse de Casarès le 4 janvier 1960, avant même d’apprendre l’accident qui tua Camus, et son immense chagrin à l’annonce de la nouvelle sont parfaitement rendus par une Johanna Silberstein très inspirée.
Le spectacle dure une heure mais cela est suffisant car les principales informations sont rendues avec une justesse inégalable par les deux comédiens qui donnent le meilleur d’eux mêmes. Et le public ne s’y est pas trompé en réservant aux comédiens et à leur metteur en scène un très bel accueil.
Compte rendu, spectacle. Poitiers. Scène Maria Casarès, le 18 octobre 2026. Maria Casarès (1922-1996) / Albert Camus (1913-1959) : correspondance du 6 juin 1944 au 15 décembre 1959. Johanna Silberstein, Maria Casarès ; Brice Carrois, Albert Camus. Arthur Roy, mise en scène, décors, costumes, lumières.

