lundi 11 novembre 2024

Dom Juan ou le festin de pierre : une lecture spéciale et pas toujours heureuse de David Bobée

 



Molière ! Voilà bien un nom que les collégiens et lycéens de France et de Navarre ne peuvent ignorer tant ses comédies font partie du panthéon des pièces et comédies étudiées pendant une scolarité digne de ce nom. Et si le mythe de Dom Juan est connu de longue date, la mémoire collective retient essentiellement la comédie de Molière – de son véritable nom, Jean Baptiste Poquelin (1622-1673) – et l’opéra de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Soucieux de proposer des spectacles variés au public poitevin, les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers ont invité David Bobée et la troupe du Théâtre du Nord qui tournent actuellement avec une lecture assez spéciale du chef d’œuvre de Molière.


Des inconvénients très gênants et des avantages non négligeables


David Bobée, en charge de la mise en scène et de la scénographie a pris des libertés avec le texte de Molière qui sont parfois assez gênantes voire même assez bruyantes. Pour évacuer les points négatifs d’emblée : Charlotte et Pierrot incarnés par XiaoYi Liu et Hao Yang Wu parlent en chinois ; si l’on ne peut qu’apprécier de voir la diversité d’origines des comédiens qui incarnent les personnages de la comédie de Molière, était il vraiment nécessaire de traduire leurs dialogues en chinois ? Les ajouts de dialogues – notamment l’inutile « prélude » autour du théâtre qui lance la soirée et se déroule devant les rideaux baissés – n’apportent strictement rien à l’intrigue, tout comme la scène du viol de Charlotte et la scène homosexuelle entre le séducteur et Pierrot lorsque Dom Juan rencontre Charlotte et Pierrot sont également de trop. Bref si David Bobée n’a que de bonnes intentions, il est parfois des « revisites » qui sont loupées. Les musiques choisies, plutôt rock, rap, hip-hop … n’ont pas grand-chose à voir avec le chef d’œuvre de Molière qu’elles desservent plus qu’autre chose. En revanche, les lumières sont superbes, les décors – d’immenses statues ou morceaux de statues – sont plutôt sympathiques, les costumes sont corrects (rien de choquant dans l’ensemble). Je dois bien reconnaître par contre que remplacer le père de Dom Juan par sa mère est plutôt une bonne idée (même s’il faut adapter les dialogues mais cela est assez compréhensible en l’occurrence) car cela donne plus de poids à la punition finale de Dom Juan.


Une très belle distribution


Si David Bobée n’a pas eu que de bonnes idées pour sa mise en scène, le Théâtre du Nord, lui, a invité une distribution de très belle facture. Radouan Leflahi est un Dom Juan retors, menteur, séducteur, sans scrupule et sans foi ni loi. Bref nous avons là un vrai méchant dans toute sa splendeur. Shade Hardy Garvey Moungondo est un Sganarelle sensible et compatissant envers les multiples victimes de son maître et sans ces chansons rajoutées par David Bobée, la performance du comédien d’origine congolaise serait parfaite. On voit assez peu Elvire, joliment incarnée par Nine d’Urso, mais elle est souvent évoquée par Dom Juan et Sganarelle ; et l’arrivée des frères de la jeune femme va encore enfoncer le clou. La voix grave de Séverine Ragaine colle assez bien au personnage de Dom Carlos ; quant à la grande stature de Orlande Zola, qui incarne Gusman (le serviteur d’Elvire) et Dom Alonse (son frère) elle fait ressortir toute la colère de Dom Alonse sans efforts. Grégory Miège, qui est aussi assistant à la mise en scène, est convaincant en Francisque puis en Mr Dimanche ; quel dommage cependant que Bobée ait cru bon de placer ici une scène assez humiliante pour Miège.Il était sans doute possible de faire ressortir la brutalité de Dom Juan d’une autre manière que celle ci. Le duo XiaoYi Liu / Hao Yang Wu est plutôt sympathique et j’ai regretté que Bobée ait eu l’étrange et malheureuse idée de faire traduire leurs répliques en chinois pour les scènes entre Charlotte et Pierrot puis entre Charlotte et Mathurin.


Si j’ai passé une bonne soirée grâce à une très belle distribution, il y a quand même pas mal de choses qui m’ont gênée tant dans la mise en scène que dans le choix des musiques. Cela étant dit, cette lecture spéciale de Dom Juan a séduit un public venu nombreux qui a réservé une ovation debout à l’ensemble des artistes présents sur la scène du Théâtre Auditorium de Poitiers


Compte rendu, théâtre. Poitiers. Théâtre le 7 novembre 2024. Jean Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673) : Dom Juan. Radouan Leflahi, Dom Juan ; Shade Hardy Garvey Moungondo, Sganarelle ; Nine d’Urso, Elvire ; Séverine Ragaine, Don Carlos ; Orlande Zola, Gusman, Dom Alonse ; Grégory Miège, Francisque – pauvre –, Monsieur Dimanche ; XiaoYi Liu Charlotte, un spectre ; Hao Yang Wu, Pierrot, Mathurine, La Ramée, le Commandeur. David Bobée, adaptation, mise en scène ; Léa Jézéquel / David Bobée, scénographie ; Stéphane Babi Aubert / Léo Courpotin, lumières ; Wojtek Doroszuk / Fany Derrier, vidéos ; Jean Noël Françoise, musique ; Alexandra Charles / Maud Lemercier, costumes ; Théâtre du Nord, décors ; Sophie Colleu /Grégory Miège, assistants à la mise en scène.


Crédit photo : agneces artistiques.com

mardi 10 septembre 2024

La première saison théâtrale de Raphaëlle Girard présentée à la presse


 

La première saison théâtrale de Raphaëlle Girard a été présentée à la presse en même temps que la saison musicale (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2024/09/la-premiere-saison-musicale-de.html). La partie théâtrale de la saison ne manque pas non plus de très belles surprises.


Théâtre


Comme il y a de nouveaux artistes associés au Théâtre, ça va pas mal bouger. Ainsi le public pictavien aura-t-il l’occasion de voir plusieurs pièces mises en scène par le comédien auteur et metteur en scène Jean François Sivadier. Nous aurons aussi le plaisir de voir Isabelle Huppert.


- Dom Juan de Molière du 6 au 8 novembre mis en scène par David Bobée. Les représentation du 6 novembre et du 8 novembre auront lieu à 19h30


- Sentinelles de et mis en scène pr Jean François Sivadier. La représentation du 19 février est programmée à 20h30 ; celle du 20 février débutera à 19h30


- Bérénice d’après la tragédie de Jean Racine (1639-1699) les 14 et 15 mars 2025. Mise en scène de Roméo Castelluci. J’en profite pour relayer un appel à figurants : Roméo Castelluci cherche 12 hommes mesurant 1m80 et n’ayant pas peur d’évoluer nu (sur un seul tableau) pour faire de la figuration.


- On purge bébé de Georges Feydeau (1862-1921) du 20 au 22 mai 2025


Je ne présente ici que quatre pièces et tragédies, mais ce sont, en tout quatorze pièces et tragédies qui seront présentées pendant toute la saison. Auxquels il faut ajouter deux gratuits qui seront présentés dans le cadre des vagabondages.


Cirque


Comme de bien entendu, deux spectacles de cirques seront présentés dont un dans le cadre de Noël au TAP (tout comme Le docteur Miracle et le concert de l’ensemble Gli Incogniti placé sous la direction d’Amandine Beyer.


- Animal, une histoire de ferme du 18 au 20 décembre par le Cirque Alfonse


- Yé ! (l’eau !) les 27 et 28 janvier 2025 par le circus Baobab


Evènements et festivals (hors festival A Corps déjà évoqué ailleurs)


Bien sur des évènements et festivals jalonneront la saison


- Les journées européennes du patrimoine auront lieu les 20 et 21 septembre avec des visites guidées (départs toutes les 30 minutes de 13h30 à 18h le samedi après midi), des massages sonores …


- Le circuit aura lieu pendant la dernière semaine de septembre. Cela permettra aux jeunes âgés de 16 à 26 ans de profiter de concerts gratuits ou à prix très réduits dans les différents sites de la ville de Poitiers. Pour profiter de la gratuité pensez à faire faire vos cartes culture et ayez TOUJOURS sur vous une pièce d’identité pour justifier de vos droits à bénéficier de ces tarifs avantageux ou de la gratuité.


- Les rencontres Michel Foucault auront lieu du 12 au 15 novembre et feront l’objet d’un article à part


- Le Poitiers Film Festival se déroulera du 29 novembre au 6 décembre. La aussi je vous en dirai plus dans un article dédié.


- Les vagabondages se dérouleront pendant toute la saison. C’est une nouveauté instaurée par Raphaëlle Girard ; ces évènements, gratuits, auront lieu trois ou quatre fois dans plusieurs villes ou villages éloignés afin que chacun puisse profiter de spectacles qu’ils n’ont pas l’habitude de voir. Le premier vagabondage de la saison commence le jeudi 12 septembre à La Blaiserie et se terminera le 22 septembre à Rouillé. La compagnie La Bravache présentera l’Illiade.


Pour rappel, les rendez-vous de la semaine :



- 11 septembre : présentation de la saison au public à partir de 19 heures sur le parvis du Théâtre Auditorium



- 12 septembre : ouverture des abonnements sur internet



- 14 septembre : ouverture des abonnements au guichet



Pour les abonnements au guichet, la prise de rendez-vous est obligatoire soit sur le site du TAP : https://www.tap-poitiers.com/infos-pratiques/infos-pratiques-spectacles/comment-acheter-spectacle soit au : 05 49 39 29 29.



Pour visualiser la saison, les tarifs et tous renseignements complémentaires vous trouverez tout ce dont vous aurez besoin ici : https://www.tap-poitiers.com/



Crédit photo : Arthur Péquin


dimanche 12 mai 2024

Petites mains : quand l’invisibilité devient visible


 


Au départ de tout, une grève interminable des femmes de chambre à l’hôtel ibis Batignolles. Ces « petites mains », ces « invisibles » étaient ou sont encore employées par une société de sous traitance qui travaille, entre autres, avec le groupe hôtelier ACCOR. Si au final, ces femmes courageuses n’ont pas obtenu d’être « internalisées », car le groupe ACCOR s’apprêtait alors à supprimer environ sept cent postes, elles ont au moins obtenu de meilleurs salaires et des conditions de travail décentes. C’est cette grève record, d’une durée de 22 mois, qui est le point de départ du scénario de Nessim Chickaoui et d’Hélène Fillières.


Donc, Petites mains, se déroule dans un hôtel de luxe parisien : le Aston Plaza. Le film parlant des femmes de chambres « internes », employées par l’hôtel et bénéficiant de tous les avantages possibles, et « externes »,employées par le sous traitant et exploitées jusqu’au bout de leurs forçes, on ne voit pas « l’endroit du décor » (riches clients, réception, bar, restaurant …). Et dès l’arrivée de Eva, la jeune « bleue », externe car elle remplace une gréviste (« On ne t’a jamais dit que c’est pas bien de remplacer les copines qui font grève ? »), le décor est planté. Les anciennes, internes et externes, bousculent la nouvelle comme pour lui faire payer son arrivée. Corinne Masiero campe avec talent Simone, la revêche ancienne de l’équipe. Si, comme les autres, elle bouscule Eva, elle s’attache à la jeune fille allant jusqu’à l’héberger lorsqu’elle est jetée à la rue par les responsables du foyer ou elle vit un mois avant la date prévue. Lucie Charles-Alfred est une Eva très convaincante. Témoin des luttes incessantes par les externes Eva prend fait et cause pour les grévistes qu’elle rejoint après une altercation avec son ami Ali qui ne supporte plus son rôle de « valet de chambre » supplémentaire. Mais si Eva reprend ses études c’est bien grâce à Simone qui lui fait comprendre que travailler et prendre fait et cause pour les grévistes c’est une chose, mais penser à soi et avancer dans la vie en est une autre. Marie Sohna Condé est totalement hilarante dans le rôle de la très extravertie Safiatou. Mais attention ne nous fions pas nous plus aux apparences car Safiatou cache son mal-être et son malaise sous une « décontraction » de façade et lorsqu’elle apprend que c’est une autre qui a été employée en interne alors qu’elle avait demandé à être internalisée (plus facile pour le renouvellement des papiers d’avoir un CDI et un « vrai » salaire et les avantages qui vont avec) elle explose et rejoint les grévistes sans autre forme de procès. Salimata Kamata est certes une belle Violette mais face à la tornade Sohna Condé elle peine à trouver sa place. Pour en terminer avec l’équipe de femmes de chambre et la gouvernante, parlons de Maïmouna Gueye (Aïssata) et Mariama Gueye (Agnès Simon). La première fonce dans le tas, comme ses collègues, tandis que la seconde, la gouvernante, doit composer avec ces femmes dont elle comprend les états d’âmes et la grève, et la direction de l’hôtel qui la presse comme une orange trop mure pour faire « tourner » les équipes en remplaçant impitoyablement les grévistes et les malades. Kool Shen est le syndicaliste de service ; Thierry Bonneau prend fait et cause pour les femmes de chambre et les défend avec un bel acharnement jusqu’à ce que les revendications de ces grévistes attachantes soient enfin entendues. Abdallah Carki est un Ali sympathique ; l’équipier de l’hôtel, le premier que Eva rencontre à son arrivée dans l’hôtel qui l’embauche en remplacement de la gréviste Ludivine, finit par soutenir le mouvement de grève après avoir assisté au défilé improvisé par les femmes de chambre pendant la fashion week dans l’unique but de bloquer l’entrée principale de l’hôtel.


Bien sûr il y en aura toujours pour dire qu’un documentaire aurait plus eu sa place plutôt qu’un film. Mais ce film qui tourne autour de la grève des femmes de chambre de l’hôtel, n’a pas vocation à montrer les riches clients , ni les salons feutrés, ni le bar. On ne peut donc que saluer le très beau travail de Nessim Chickaoui qui brosse un « portrait » haut en couleur de ces travailleuses de l’ombre trop souvent reléguées dans l’ombre, méprisées, exploitées par ces sociétés de sous traitance qui profitent de leur précarité et de leur situation « sur le fil » oscillant sans cesse entre légalité (le renouvellement de leurs papiers dépend de leurs contrats de travail) et illégalité (pas de travail pas de papiers). Petites mains est défendu avec beaucoup de panache par une Corinne Masiero très inspirée et dont, pour une fois, j’ai apprécié la sobriété. Les autres comédien(ne)s ne sont pas en reste et font honneur au réalisateur avec talent.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. CGR Castille, le 6 mai 2024. Nessim Chickaoui (né en 1997) : petites mains sur un scénario de Nessim Chickaoui et Hélène Fillières. Corinne Masiero, Simone ; Lucie Charles-Alfred, Eva ; Marie Sohna Condé, Safiatou ; Salimata Kamaté, Violette ; Maïmouna Gueye, Aïssata ; Mariama Gueye, Agnès Simon ; Kool Shen, Thierry Bonneau ; Abdallah Charki, Ali. Durée : 1 heure 27. Sortie nationale : 1er mai 2024.


Crédit photo Corinne Masiero : Caroline Vié pour 20 minutes


Crédit photo Lucie Charles-Albert : Emmanuelle Thiercelin

lundi 6 mai 2024

Le journaliste et homme de lettres Bernard Pivot est mort


 

Nous apprenons avec tristesse le décès de Bernard Pivot. Né en 1935, le journaliste est mort au lendemain de son quatre-vingt neuvième anniversaire. Après la guerre Bernard Pivot obtient son baccalauréat à Lyon ou il fait son droit dans la foulée ; il sort ensuite vice-major du Centre de Formation des Journalistes en 1957 (école qu’il avait intégré en 1955).


Débuts dans la presse écrite


En 1959, Bernard Pivot fit ses débuts dans la presse écrite : Le Progrès, pendant un an puis Le Figaro Littéraire (qui disparut au profit du Figaro) jusqu’en 1974 (après l’arrivée de Jean d’Ormesson à la direction générale). A l’invitation de Jean Louis Servant-Schreiber il participa à la création du magazine Lire en 1975. Bernard Pivot fut aussi un collaborateur régulier de journaux comme Le Point (1992-2022) et le Journal du dimanche.


animateur télé et juré de prix prestigieux


Hyper-actif, Bernard Pivot présenta, en tant qu’animateur télé deux émissions très populaires : Apostrophes (1975-1990) et Bouillon de culture (1991-2001). Dès 1985, Bernard Pivot « invente » les championnats du monde d’orthographe, plus connus sous le nom de « Dicos d’or » qui se terminaient par une dictée particulièrement difficile dont il écrivait le texte de la finale (la dictée de la demi finale était écrite, elle, par la linguiste Micheline Sommant). Mais ce n’est pas tout car ce grand défenseur de la littérature était aussi juré pour des prix reconnus : le Prix inter-allié (depuis 2002 – année ou il succéda à Jean Couvreur mort en 2001) et le prix Goncourt qu’il intégra en 2004 (il en prit la présidence en 2014 après qu’Edmonde Charles-Roux lui eut cédé son siège). Mais le scandale Matzneff (qui éclata en 2019) le poussa à démissionner de l’académie Goncourt dont il était depuis membre d’honneur.


Les Grandes Gueules


Mais Bernard Pivot était aussi un homme de radio. Il créa une émission (qui existe toujours par ailleurs avec Laurent Ruquier en « tête d’affiche »). Mais ses il fit ses débuts débuts radiophoniques sur Europe 1 avant d’intégrer RTL dans les années 1980.


Écrivain


De 1959 à 2018 Bernard Pivot sort plusieurs ouvrages dont un avec sa fille Cécile Pivot en 2011. mais cette activité restait minoritaire chez cet homme polyvalent et hyperactif mais défenseur inépuisable de la littérature qu’il s’efforça toujours de vulgariser afin d’amener le plus grand nombre de personnes vers la lecture.


C’est un compagnon de route de la littéraire française et internationale qui vient de nous quitter. Nous adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches.


Crédit photo : Lewis Joly pour le JDD

mardi 2 avril 2024

Le Poitiers Film Festival lance son appel aux films pour sa prochaine édition.


 

Le Poitiers Film Festival, dont la prochaine édition se déroulera du 29 novembre au 6 décembre prochain, entame le processus de sélection des films en lançant un appel à l’ensemble des écoles de cinéma françaises et internationales. Car en effet, le Poitiers Film Festival a vocation à encourager les étudiants en fin de cycle ou tout juste diplômés. Nous rappelons que pour pouvoir participer aux compétitions (compétition internationale et catégorie So French), les films doivent :


- Avoir été réalisé dans le cadre d’une formation au cinéma ou à l’audiovisuel

- Être terminés depuis le 1er janvier 2023, et n’avoir jamais été inscrits au festival

- Tous les genres de films sont acceptés et doivent durer moins de 60 minutes



La totalité des films est en lice pour une dizaine de prix. Nous rappelons que le Poitiers Film Festival donne aussi l’occasion aux jeunes réalisateurs de faire leurs preuves auprès de professionnels chevronnés.



Les films français de moins de 20 minutes concourent pour la compétition internationale ET pour la compétition So French (laquelle se déroule sur une seule journée en milieu de semaine).



Les réalisateurs ont jusqu’au 2 juillet pour envoyer leurs films au comité de sélection. Les résultats de la sélection seront annoncés en octobre prochain.



Pour les inscriptions c’est ici : https://poitiersfilmfestival.com/participer/inscrire-un-film/

Crédit photo : Arthur Péquin





lundi 5 février 2024

Le Molière imaginaire : Olivier Py filme les dernières heures de la vie Molière




Olivier Py est reconnu de longue date comme un metteur en scène de théâtre et d’opéra. Mais 25 ans après son premier film, selon lui, il revient au cinéma en réalisant un film sur les deux dernières heures de la vie de Jean Baptiste Poquelin que nous connaissons tous sous son nom de théâtre : Molière. Le Théâtre Auditorium de Poitiers a eu le privilège d’accueillir la seconde avant première de la tournée d’Olivier Py et de son nouveau film. L’avant première du film a aussi été l’occasion pour la directrice du Théâtre Auditorium de Poitiers de présenter au public, venu nombreux, de présenter le nouveau directeur du TAP Castille qui prendra ses fonctions le 1er mars prochain.


Homme de théâtre, Olivier Py a particulièrement soigné les décors et les costumes qui sont superbes et emmènent d’emblée le spectateur dans la France de Louis XIV. Si la mise en scène et la réalisation sont de très belle facture, je regrette que Py ait été un peu excessif par moments, notamment dans la réalisation des scènes homosexuelles. Malgré ce bémol, Olivier Py a fait un travail superbe tant sur la scénographie globale du film, que sur la mise en scène de la pièce dont on ne voit d’ailleurs que des extraits car « Le malade imaginaire n’était pas l’objet du film et je ne souhaitais en montrer que des extraits » nous dit Olivier Py pendant le débat qui a suivi la diffusion du film. Les allers-retours entre la salle et les coulisses montrant les vies parallèles des comédiens et des spectateurs sont parfaits car ils permettent au spectateur de voir les réactions « à chaud » d’un public toujours aussi nombreux malgré l’absence de Louis XIV qui a « lâché » Molière et sa troupe depuis longtemps tout en montrant les intrigues amoureuses et les rivalités latentes, comme si une partie de la troupe n’attendait que la mort du « patron » pour faire sédition (c’est à ce moment qu’eut lieu la première évocation de la Comédie Française qui sera fondée en 1680 sur ordonnance de Louis XIV et qui regroupera la troupe de Molière et celle de l’hôtel de Bourgogne).


Quant à la distribution elle est exceptionnelle, menée de main de maître par un Laurent Lafitte (Molière) en grande forme. Le comédien campe à merveille un Molière parfaitement conscient d’être mourant mais déterminé à mener la représentation du Malade imaginaire à son terme. Stacy martin est une belle Armande mais manque un peu de « peps » face à la tornade Laurent Lafitte qui entraîne tout sur son passage. Cependant, la jeune femme brosse un joli portrait d’Armande. Omniprésente dans la vie de la France du XVIIe l’Église est représentée par un cardinal (Pierre-André Weitz) caricaturé avec un humour certain par Olivier Py ; l’objectif d’Armande étant d’obtenir que Molière soit enterré en terre chrétienne. Si finalement la jeune femme échoue, Molière réagissant violemment en déchirant avec hargne la lettre de renoncement au métier de , on peut aussi se demander quel était son but réel. Le trio de « vieilles harpies » délicieusement costumées et outrageusement grimées est interprété magnifiquement et de manière totalement hilarante par Judith Magre (qui, âgée de 97 ans, est en grande forme et mordante à souhait), Dominique Frot et Catherine Morand. La Madeleine de Jeanne Balibar est émouvante malgré l’amertume d’avoir vu de son vivant Molière la quitter pour sa fille à elle. On ne manquera pas de saluer les très belles performances de Bertrand de Roffignac (Michel Baron), Jean Damien Barbin (Chapelle), Émilien Diard-Detoeuf (La Grange), Gray Orsatelli (le duc de Bellegarde), Céline Chéenne (Catherine de Brie) et d’Eva Rami (la Beauval).


Le débat qui a suivi la diffusion du Molière imaginaire était d’autant plus intéressant qu’Olivier Py a parlé du travail de recherche impressionnant qu’il a réalisé en amont du film, tant autour de la mort de Molière que de ses funérailles qui restent somme toutes assez mystérieuses. Mais il a aussi parlé de la réalisation du film qui a duré trois semaines et pour laquelle il a utilisé plusieurs types de caméra et même un smartphone pour certaines scènes qui se déroulaient dans les coulisses. Le public, venu nombreux, a réservé un accueil très chaleureux à Olivier Py qui y a été sensible.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. Théâtre, le 29 janvier 2024. Olivier Py (né en 1965) : Le Molière imaginaire. Laurent Lafitte, Molière ; Stacy Martin, Armande ; Bertrand de Roffignac, Michel Baron ; Jean-Damien Barbin, Chapelle ; Emilien Diard-Detoeuf, La Grange ; Gray Orsatelli, le duc de Bellegarde ; Jeanne Balibar, Madeleine ; Céline Chéenne, Catherine de Brie ; Eva Rami, La Beauval ; Pierre-André Weitz ; Judith Magre ; Dominique Frot ; Catherine Morand. Sortie nationale : 14 février 2024


Crédit photo : Nicolas Tucat

lundi 8 janvier 2024

La fille de son père en clôture du Poitiers Film Festival


L’édition 2023 du Poitiers Film Festival a été riche en évènements divers et a « accouché » d’un palmarès de qualité dans lequel j’ai eu la satisfaction de voir primés deux court-métrages que j’avais apprécié (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/entre-monstres-et-beyrouth-le-poitiers.html). Si j’ai bien aimé l’avant première de « La vie de ma mère » de Julien Carpentier, dont la sortie est prévue pour le 6 mars 2024 (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/julien-carpentier-et-la-vie-de-ma-mere.html), le film d’Erwan Le Duc, qui est son second long-métrage, est une réussite et les acteurs réunis par Le Duc donnent vie à leurs personnages avec talent.


Si l’histoire du « Je t’aime moi non plus » est assez courante, la suite de l’histoire est assez agréable à suivre. La romance entre Rosa et Youssef est assez étonnante car l’amour courtois, très en vogue au Moyen Age, revient ici sous une forme très sympathique. Le duo Rosa (Céleste Brunquell) / Étienne (Nahuel Pérez Biscayart) est de très belle facture ; le père et la fille, abandonnés par la mère de la jeune fille alors qu’elle n’était qu’un bébé, sont fusionnels au point que Youssef (Mohammed Louridi) et Hélène (Maud Wyler) ont parfois bien du mal à trouver leur place. Mais il faut bien admettre que ce quatuor crève l’écran. Youssef, ce troubadour moderne, a bien du mal à s’imposer face à Étienne mais sa joie de vivre, sa gouaille, son imagination sans bornes ne laisse personne indifférent à commencer par Rosa. Étienne, père à la fois protecteur et avide de liberté a beau couver Rosa tout en la poussant à voler de ses propres ailes, il cherche aussi à s’émanciper d’un passé qui le taraude ; si c’est le hasard qui remet Valérie (Mercedes Dassy) sur le chemin d’Étienne, c’est lui qui, par la ruse, met Rosa et Valérie en présence. Et l’histoire, fort bien écrite, est réalisée avec talent et sans excès par un Erwan Le Duc très inspiré. Le quatuor principal peint une fresque très agréable à regarder.


C’est une très belle clôture de festival que nous ont proposé les responsables du Poitiers Film Festival. La remise des prix (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/entre-monstres-et-beyrouth-le-poitiers.html) et la dernière avant première de l’édition 2023 du Poitiers Film Festival ont fermé une édition riche en évènements


Compte rendu cinéma. Poitiers. Théâtre, le 8 décembre 2023. Erwan Le Duc (né en 1977) : La fille de son père. Nahuel Pérez Biscayart, Etienne ; Céleste Brunquell, Rosa ; Maud Wyler, Hélène ; Mohammed Louridi, Youssef ; Mercedes Dassy, Valérie. Durée : 1 heure 31. Sorti en salle le 20 décembre 2023 dernier.


Crédit photo : Giancarlo Gorassimi (pour bestimage)