lundi 14 novembre 2022

Les dernières aventures de Nicolas Le Floch sont sorties aux éditions Buchet Chestel


Après le décès de Jean François Parot en 2018 à l’âge de 71 ans, on aurait pu penser que « Le prince de Cochinchine » paru en 2017 serait la dernière enquête du sympathique commissaire Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil. C’était sans compter sur la détermination des éditions Buchet Chastel qui ont confié les enquêtes du commissaire à Laurent Joffrin qui signe là son deuxième opus après « Le cadavre du Palais Royal » paru en 2021.


« L’énigme du Code Noir », se déroule en 1791, deux ans après le début de la révolution. Louis XVI est « consigné » aux Tuileries et Nicolas le Floch, parti en retraite après la fin de sa dernière enquête (cf Le prince de Cochinchine) a quitté la quiétude de sa Bretagne natale pour se remettre au service de Louis XVI. C’est l’inspecteur Bourdeau qui est monté en grade et a succédé à son ami au poste de commissaire au Châtelet. Le meurtre abominable du comte de Fleuriau pendu puis mutilé, son/ses meurtriers lui ont coupé la jambe gauche et le bras gauche comme pour cacher la véritable raison de son assassinat. Cette affaire arque la réunion des deux amis sur fond de grands bouleversements politiques qui les mèneront des bas fonds de Paris jusque dans les méandres de l’esclavage dans les Îles (Guadeloupe, Martinique, Île Maurice) et du fameux code noir édicté pendant le règne de Louis XIV en 1685. C’est aussi l’occasion de croiser le chemin du Chevalier de Saint Georges né esclave mais affranchi par son père, un colon blanc. Fine lame, Saint Georges « entre » en scène en allant se battre en duel contre un adversaire qui avait mis en doute ses origines. Homme d’honneur, courageux et loyal il aidera Le Floch et Bourdeau dès le moment ou les deux hommes l’auront innocenté.


Laurent Joffrin signe un très beau livre. S’il a son propre style, il respecte parfaitement l’ambiance surannée voulue par Jean François Parot sans jamais trahir le style de celui ci. C’est une transition parfaite et très réussie. On ne peut que souhaiter voir paraître bientôt d’autres enquêtes de notre commissaire préféré.


Compte rendu livre. Laurent Joffrin (né en 1952 ) : L’énigme du code noir. Editions Buchet Chastel. 263 pages


Crédit photo Laurent Joffrin : Claude Truong Ngoc

dimanche 13 novembre 2022

Les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers ont annoncé la prochaine édition du Poitiers Film Festival



En ce froid mercredi de novembre Jérôme Lecardeur, le directeur du Théâtre Auditorium de Poitiers, et l’équipe du Poitiers Film Festival ont invité la presse locale à une présentation détaillée de la prochaine édition, la quarante cinquième du nom, de la manifestation. Une manifestation particulièrement riche en évènements puisque, entre autres évènements, il y aura cinq avant-première . Chacun rappelle avec force et beaucoup d’enthousiasme le rayonnement régional, national et international du Poitiers Film Festival qui est une fête, LA fête du cinéma. Au point que des partenariats et des jumelages forts se sont tissés au fil du temps, notamment avec les dix départements de la région Nouvelle Aquitaine. Les responsables du TAP et du TAP – Castille se réjouissent également du retour des spectateurs dans les salles du théâtre et du cinéma d’art et d’essai. Outre les différents rendez-vous professionnels, qui se dérouleront dans d’autres parties du Théâtre Auditorium, des plateaux radio se dérouleront dans le foyer général à intervalles réguliers.


Huit séries de 5 court-métrage


C’est le cœur du PFF depuis ses débuts à la fin des années 1970. L’équipe du Poitiers Film Festival a reçu 1350 courts métrages venus de 65 pays ; ils ont dû faire des choix drastiques pour n’en retenir que 40 venus de 24 pays. Ces 40 courts-métrage seront diffusés en huit séries de cinq au cinéma TAP-Castille et au Théâtre Auditorium ou des rencontres avec les réalisateurs auront lieu à l’issue des séances ; et il faudra être vigilants car le public décernera l’un des prix en votant à l’issue des séances (des bulletins vous seront distribués à l’entrée des salles).


So French


Cette série unique ne rassemble que des court-métrage français. En 2022 il y en a 6 qui ont été sélectionnés parmi 350 court-métrage reçus par l’équipe du PFF. Le prix récompensant la catégorie So French sera décerné à l’issue de la séance.


Um novo novo cinéma/carte blanche au festival Caminhos do Cinema Português


Dans le cadre de l’année France-Brésil, le PFF** dédie une section au cinéma portugais ; cette série succède à celle qui fut dédiée à l’adolescence lors de la précédente édition. Mais en 2021, ce sont essentiellement des longs métrages et des documentaires qui avaient été présentés au public ; à l’occasion de la prochaine édition du PFF, ce sont cinq court-métrage en VOSTF* qui seront projetés. Ce sont également cinq court-métrage présentés lors de la dernière édition du festival Caminhos do Cinema Português (le festival se déroule à Coïmbra, ville jumelée avec Poitiers) qui seront projetés. Il y aura également une projection d’un long métrage, « Terra Franca », réalisé dans le cadre du festival « Filmer le travail » et un apéro-lecture dédié à a littérature portugaise.


French Side Story : 5 avant-premières


Après que l’adolescence ait été mise à l’honneur en 2021, le thème de l’édition 2022 du PFF est la comédie musicale et dans ce cadre, le film de Jean Jacques Demy (1931-1990) « Les demoiselles de Rochefort » sera projeté dans une version remastérisée et sur l’écran géant du théâtre. Sera également proposé au public le film des frères Larrieux « Tralala » sorti en 2021. Mais 2022 est aussi une année très active pour le cinéma français car il y aura cinq avant-première lors de la prochaine édition du PFF. Les projections auront lieu au Théâtre Auditorium (théâtre) ou au TAP – Castille le soir à 19 heurs ou à 20 heures 30 et seront suivies de débats avec les réalisateurs.


- Et cela débutera dès le 25 novembre avec la projection de Le parfum vert de Nicolas Pariser avec Sandrine Kiberlain Vincent Lacoste et Rüdiger Vogler. (sortie nationale : 21 décembre 2022)


- 26 novembre : La grande magie de Noémie Lvovsky


- 29 Novembre : Alma Viva de Chistèle Alvès Meira


- 1er décembre : Mourir à Ibiza (un film en trois étés) de Anton Balekdijan. Attention le film sera diffusé à 19 heures et sera projeté au TAP – Castille.


- 2 décembre (soirée de clôture) : La passagère de Héloïse Pelloquet avec Cécile de France, Félix Lefebvre et Grégoire Monsingeon. Le débat aura lieu en présence d’Héloïse Pelloquet et des trois acteurs principaux. (sortie nationale : février 2023).


Deux ciné-sandwich seront proposés au public les 29 novembre et 1er décembre à 12 heures 30 dans la « petite » salle du Théâtre Auditorium. Pour une fois le public se verra proposer des sandwiches au bar de l’auditorium à moins qu’il ne vienne avec son propre pique-nique.


Éducation à l’image


Pour permettre aux enfants et aux adolescents de (re)découvrir le cinéma, des projections scolaires sont programmées pendant toute la durée du PFF mais aussi des ateliers de formation et des conférences intitulées « mon métier de … »


En famille


Les tous petits ne sont pas oubliés par le PFF avec des séances qui leur sont spécialement dédiées pendant les sept ou huit jours que dure la manifestation :


- ciné Doudou dès 2 ans avec un doudou à l’effigie du PFF leur sera donné pour l‘occasion


- ciné piou piou dès 3 ans


- ciné super chouette dès 6 ans


- ciné concert le 26 novembre


Programme pros


C’est l’autre versant, et aussi le plus important, du Poitiers Film Festival. Car les jeunes réalisateurs primés ne sont pas lâchés dans la nature une fois les projecteurs éteints. Ils sont accompagnés dans le cadre de Talents en court [métrage]. Quatre festivals de la région Nouvelle Aquitaine se sont associés pour accompagner quatre jeunes réalisateurs pendant dix mois de juin à avril par un scénariste et un réalisateur. Ils bénéficient également de l’aide de l’Université de Poitiers, du Conservatoire d’Art Dramatique et de Grenouille Production qui leur fournit du matériel pro.


- Jump’In : accueille 8 jeunes réalisateurs avec un début de scénario qu’ils vont pouvoir travailler dans ce cadre avec des professionnels chevronnés


- Full Circle lab : permet à quatre réalisateurs de long métrages internationaux de rencontrer divers professionnels pour faire leur promotion.


Le plateau Radio fait son show


- Outre le plateau radio installé dans le Foyer Général du TAP, la plateforme en ligne reviendra à l’occasion de l’édition 2022 du PFF ; coût : 10 € pour 21 jours. Elle permet de voir ou de revoir les films du PFF à la maison.


- Comme le thème de la prochaine édition du PFF est la comédie musicale, un échauffement collectif, sera organisé pendant la manifestation.


- Un atelier Bande Son aura également lieu


A retenir 1 : Présentation du Poitiers Festival Film au public le mardi 15 novembre au TAP.

A retenir 2 : Les films primés seront rediffusés le samedi 3 décembre au TAP-Castille

Pour le détail de toutes les séances, les lieux et les horaires c’est ici : https://poitiersfilmfestival.com/


Compte rendu point presse PFF. Poitiers. Petit salon, le 7 novembre 2022. Avec Jérôme Le cardeur, directeur général du Théâtre Auditorium de Poitiers ; Juliette Alexandre, déléguée générale du PFF ; Aldric Bostffocher, directeur du cinéma TAP – Castille ; Élodie Ferrer, déléguée aux programmes professionnels du PFF ; Christophe Potet, directeur des projets artistiques.


* VOSTF : Version Originale Sous Titrée en Français

** PFF : Poitiers Film Festival


Crédit photo TAP : Arthur Péquin

vendredi 11 novembre 2022

La folie à l’épreuve de l’éthique ; l’éthique à l’épreuve de la folie : le professeur Roger Gil captive son auditoire avec une conférence passionnante sur l’histoire de la folie en médecine

 


Si la conférence inaugurale des rencontres Michel Foucault a passionné le public grâce au talent d’orateurs des deux invités du jours (https://autresarts.blogspot.com/2022/11/les-couleurs-de-la-folie-dans-le-monde.html), c’est à une conférence radicalement différente que j’ai assisté le 9 novembre dernier. En effet, le professeur Roger Gil, neurologue, doyen et professeur émérite de la faculté de médecine de Poitiers a donné une conférence autour de l’éthique de la folie et de la médecine. Si le sujet peut paraître rédhibitoire, le professeur Gil, qui a le don de rendre n’importe quel sujet intéressant, a vulgarisé avec talent un sujet sur lequel, là aussi, il y aurait beaucoup à dire.


Une conférence placée sous le signe de l’histoire


Pour bien comprendre à quel points les malades atteints de troubles psychiatriques, les « fous » vivent dans un cocon de nos jours et bénéficient de soins et d’attentions importants, il faut remonter à 1656 et à l’édit de Jean Baptiste Colbert (1619-1683) créant l’hôpital général dans lequel étaient enfermés pêle-mêle les pauvres, les oisifs, les vagabonds, les malades et les fous. Dans ces hôpitaux on soignait tout ce « beau monde » par le travail après que ces malades d’un nouveau genre aient été remis sur pied par des soins médicaux. Si ces traitements, parfois inhumains ont été progressivement abandonnés au fil du temps, il n’a pas été évident de trouver comment prendre soins des fous et des folles. Le professeur Gil s’est référé à plusieurs reprises aux travaux de Michel Foucault, notamment sa thèse, qu’il soutint en 1961 intitulée « Histoire de la folie à l’âge classique » parue par la suite aux éditions gallimard. On ne peut qu’apprécier de voir un orateur aussi passionné par son travail prendre le temps d’expliquer avec une telle clarté l’évolution de la folie sous les projecteurs de l’histoire et de l’éthique.


C’est une conférence de très haute volée digne des meilleurs cours magistraux universitaires qu’a donné le professeur Gil en ce pluvieux mercredi de novembre. C’est d’autant plus remarquable qu’il a utilis un vocabulaire accessible à tous qui nous a permis de suivre sans voir passer le temps.


Compte rendu conférence rencontres Michel Foucault. Poitiers. Auditorium, le 9 novembre 2022. Roger Gil (né en 1943), neurologue, professeur émérite en médecine, doyen émérite de l’UFR de médecine de Poitiers : La folie à l’épreuve de l’éthique ; l’éthique à l’épreuve de la folie. Durée : 1 heure.


Crédit photo Roger Gil : éditions érès

Les couleurs de la folie dans le monde Arthurien : la conférence inaugurale des rencontres Michel Foucault fait le plein


S’il est un thème que l’on n’a pas fini d’explorer, tant il y a à dire sur un tel sujet, c’est la folie. Et il se trouve que les responsables de l’Université de Poitiers et le Théâtre Auditorium de Poitiers ont décidé de s’intéresser à la folie sous toutes ses coutures. Du 7 au 10 novembre, les conférences, tables rondes, lecture sandwich, pièce de théâtre et autres séances de cinéma ont parlé de la folie sous toutes ses formes ; et il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet tant il est vaste. Si Roland Gori, psychanalyste et universitaire marseillais, a donné une conférence intitulée « Un monde sans esprit » dès 14 heures lundi dernier, la « vraie » conférence inaugurale était bel et bien celle donnée à deux voix par les professeurs Martin Aurell, spécialiste reconnu de longue date d’Aliénor d’Aquitaine et des Plantagenêt, et Michel Pastoureau, médiéviste et héraldiste bien connu, à l’auditorium de Poitiers.


Une ouverture mitigée ...


Qui dit conférence inaugurale dit aussi discours des principaux organisateurs. Si le discours de Virginie Laval, la présidente de l’Université de Poitiers, était dans la norme, malgré une fastidieuse introduction, je dois dédier la palme de l’ennui à celui de l’éditrice des deux conférenciers. Entre une bonne dose de « moi je … », une mini conférence imprévue et des anecdotes qui n’intéressaient que cette jeune femme, j’ai ressenti une profonde impression d’ennui ; ennui partagé par ailleurs par d’autres personnes du public rencontrées après la conférence.


Mais une conférence passionnante


Si Martin Aurell est d’abord connu pour être un grand spécialiste des Plantagenêt (« L’empire des Plantagenêt 1154-1224 » paru aux éditions Perrin en 2003 [republié, corrigé et augmenté, récemment aux éditions tempus]) d’une part et d’Aliénor d’Aquitaine (« Aliénor d’Aquitaine » publié aux éditions PUF en 2020) d’autre part, il connaît parfaitement la légende arthurienne (« La légende du roi Arthur » éditions Tempus, 2018) dont il est question dans cette conférence inaugurale. Et la folie dans la légende arthurienne prend tout son sens dans la bouche de Martin Aurell qui cite à plusieurs reprises des exemples de grands personnages de l’entourage d’Arthur qui sombrent dans la folie une ou plusieurs fois comme par exemple l’enchanteur Merlin, qui se réfugie dans la mythique forêt de Brocéliande ou encore les chevaliers Yvain et Gauvain. Mais quand on parle du roi Arthur, on ne peut pas ne pas évoquer le célèbre troubadour Chrétien de Troyes qui composa à la demande de Marie de France (1145-1198), fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII « le jeune », comtesse de Champagne par mariage, le livre fameux du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde.


La science des blasons, est une science complexe certes mais passionnante pour qui s’y intéresse de prêt. Donc, l’héraldique, la spécialité du professeur Michel Pastoureau (auteur entre autres ouvrages de « Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental » aux éditions Points, 2014), est au centre de la seconde partie de cette conférence inaugurale. Les couleurs verte et jaune, que l’on retrouve sur les blasons de plusieurs chevaliers de la table ronde, mais aussi associées à la folie, sont au centre du discours, fort intéressant par ailleurs, du professeur Pastoureau. Pastoureau cite, lui le chevalier Yvain au lion qui une fois marié « s’enferme » dans une routine que son ami Gauvin, un autre chevalier de la table ronde viendra par la suite lui reprocher. Si l’épouse d’Yvain lui accorde une année pour repartir au combat et au tournoi, le chevalier ne voit pas passer le temps et sombre dans la folie une fois l’anneau de mariage retiré doigt d’Yvain par la suivante de son épouse.


Si l’on peut qualifier cette conférence de « savante », on peut aussi saluer le talent du professeur Aurell et du professeur Pastoureau à « vulgariser » l’histoire de la folie dans la légende Arthurienne. Mais le sujet est si vaste, qu’il faudrait quelques journées de conférence pour espérer en venir à bout, et encore …


Compte rendu, rencontre philosophique. Poitiers. Auditorium, le 7 novembre 2022. Martin Aurell (né en 1958), professeur d’histoire médiévale à l’Université de Poitiers ; Michel Pastoureau (né en 1947) héraldiste et professeur d’histoire médiévale à l’école pratique des hautes études.


Crédit photo Martin Aurell : Université de Poitiers

Crédit photo Michel Pastoureau : Editions Payot

dimanche 23 octobre 2022

Tout le monde est fou ? : L’édition 2022 des Rencontres Michel Foucault va vous rendre chèvres


Comme à leur habitude à cette période de la saison, les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers et de l’Université ont présenté à la presse la prochaine édition des rencontres Michel Foucault. Après une édition 2021 consacrée à la déviance sous toutes ses formes, celle de 2022 sera consacrée à la folie. Il y a bien des choses à dire sur la folie. Ainsi, outre les conférences, tables rondes et dialogues qui sont prévus, des spectacles, des films et des visites sont prévus pendant les quatre jours que vont durer les rencontres Michel Foucault.




ATTENTION : si les conférences et tables rondes sont gratuites, les spectacles et séances de cinéma sont payants. Je vous invite à aller ici ou vous trouverez le détail des conférences, tables rondes et autres dialogues :


https://www.tap-poitiers.com/spectacle/evenements/rencontre-michel-foucault-2022/


Pour les spectacles et séances de cinéma c’est par là : https://www.tap-poitiers.com/


La conférence inaugurale : Les couleurs de la folie dans le monde arthurien (XIIe XVe siècle)


Elle se tiendra le lundi 7 novembre au Théâtre Auditorium de Poitiers à 18 heures et sera donnée par le professeur Martin Aurell*, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Poitiers, et Michel Pastoureau, archiviste-paléographe et directeur émérite à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. (durée : 1 heure 30).


Une autre conférence, intitulée « la folie normative de nos sociétés de contrôle » aura lieu le même jour et sera donnée à 14 heures 30 par Roland Gori (durée 1 heure).


Les chiens de Navarre


Avec « La vie est une fête » on est en plein dans le thème des Rencontres Michel Foucault. Le spectacle sera donné trois fois du 7 au 9 novembre prochain.


La librairie La belle aventure (située rue des Grandes Ecoles, 86000 Poitiers)


Parmi les partenaires du Théâtre Auditorium il y a la librairie La belle aventure qui installera un stand à côté du bar de l’auditorium ou seront proposés des livres autour du thème de l’année, la folie en l’occurrence, ainsi que les ouvrages des conférenciers invités.


* Martin Aurell est un spécialiste reconnu de la dynastie des Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine reine de France puis d’Angleterre. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur cette dynastie et a participé à plusieurs reprises aux Rencontres Michel Foucault.


Crédit photo Michel Foucault : Marc Baranger

Crédit photo TAP : Arthur Péquin

jeudi 12 mai 2022

En cas de péril imminent : un seul en scène totalement déjanté conçu et interprété par Jérôme Rouger

 


En général, je vais au théâtre essentiellement pour assister aux concerts de musique classique et contemporaine. Mais il ne me déplaît pas, à l’occasion de sortir de ma zone de confort : théâtre, jazz, variétés, seuls en scène … Bref autant de soirées qui me permettent de « voir autre chose ». Après un seul en scène au mois de mars intitulé « Phèdre ! » et interprété avec talent par Romain Daroles (https://autresarts.blogspot.com/2022/03/phedre-un-seul-en-scene-hilarant-autour.html), je suis retournée hier soir au Théâtre Auditorium de Poitiers pour un autre seul en scène conçu et interprété par un humoriste régional (car il est de Poitiers) : Jérôme Rouger.


A peine plongée dans la pénombre du début de soirée, le public se laisse surprendre par une musique venue d’Afrique (je ne me rappelle plus quel pays car le déroulé qui accompagnait la chanson en question allait vraiment trop vite) Après cette introduction en fanfare, rideau toujours fermé, Jérôme Rouger nous explique comment il a tenté de faire une « appropriation culturelle » d’une autre culture à son profit pour mettre en exergue qu’à agir ainsi c’est aussi une manière de nier aux autres cultures le droit d’exister par elles mêmes. Une fois le rideau levé, le public voit un salon avec deux canapés, une table basse avec un apéritif dessus, un écran qui sert de télé, d’écran de jeux de toutes sortes (de l’antique ping pong, datant des années 1970/1980, aux jeux avec lasers, avatars …), d’écran d’appels vidéos … côté cour et côté jardin ce sont des costumes et un pied de micro qui sont installés. Le décor est donc suffisamment bien fourni pour laisser penser que tout ou presque servira à l’artiste visiblement très en forme.


Parmi les sketches, je retiens l’excellent passage sur l’imbécilité (qui avait donné lien à un seul en scène totalement hilarant sur ce seul thème peu après le premier confinement. On en avait tous pris pour notre grade mais cela reste un souvenir inoubliable) ; le thème reviendra d’ailleurs à deux ou trois reprises sur le tapis. Mais le plus drôle reste « l’acte 3 » volontairement placé en second, et dans lequel Jérôme Rouger nous a sorti un numéro d’anthologie sur les jeux vidéos et leurs dangers notamment en y mêlant avec un humour décapant un appel à candidatures du ministère de la culture (Riester et Bachelot en ont pris pour leur grade) pour créer un jeu vidéo à intégrer à un spectacle participatif. Ce fut là un gigantesque moment de rire dans la salle et aucun spectateur n’est resté indifférent à un tel déferlement d’humour et de coups portés aux gouvernants (histoire de rappeler, l’air de rien, que le secteur culturel restait l’un des grands oubliés de deux ans de crise sanitaire et de la campagne présidentielle qui vient de s’achever par le résultat que l‘on connaît tous) : « l’art ne permet pas de sauver la culture » martèle-t-il fort justement ; et il n’a pas totalement tort. L’art permet de faire et de dire beaucoup de choses, mais il ne fait pas tout. Je dois reconnaître que Rouger a fait un excellent travail et que ce troisième acte qui n’en est pas un est un grand moment de rire que j’espère bien voir diffusé autant que possible. Je retiendrai aussi le rappel en chansons de la volonté, souvent inaboutie, vouloir aider les autres (avec « Éthiopie » ou encore « la chanson des restos » devenue l’hymne des enfoirés : Jérôme Rouger rappelle ainsi que l’on meurt toujours de faim dans de nombreux endroits de la planète ou qu’il y a toujours des précaires et des SDF en France et renvoie certaine(s) personne(s) face à leurs (ses) responsabilités.


Je connaissais déjà Jérôme Rouger pour avoir vu son seul en scène inénarrable sur l’imbécilité (une heure de rires ininterrompus bienvenue après deux mois de « prison sanitaire »), mais là il s’est surpassé. Et l’heure et demi du spectacle a passé sans que je m’en aperçoive. A l’occasion, allez y, car En cas de péril imminent vaut vraiment le déplacement, que l’on soit seul ou en famille.


Compte rendu théâtre. Poitiers. Théâtre, le 11 mai 2022. Jérôme Rouger (né en 1970) : En cas de péril imminent. Interprété par Jérôme Rouger, comédien et humoriste. Durée : environ 1 heure 30


Crédit Photo : Maxime Bernard (La Charente libre) 

samedi 7 mai 2022

Downtown Abbey 2 : une ère nouvelle. Une seconde suite pour la série


 

Dans les années 2010, la série télévisée «Downtown Abbey » a connu un joli succès en France pendant six saisons. La vie du comte de Grantham et de sa famille, les Crawley, et de ses domestiques dans le château familial de «Downtown Abbey » ; les Crawley, comtes de Grantham vivent dans l’Angleterre du début du XXe siècle sous le règne du roi Georges V (roi dont la visite à Downtown est relatée dans le film précédent, datant de 2019). Si la série se déroule de 1912 (juste après le naufrage du Titanic dans lequel l’héritier du comte de Grantham trouve la mort) jusqu’à 1926 (en plein milieux des années folles) ; le premier film sorti en 2019 se déroule en 1927 et celui ci, sorti le 27 avril, se déroule en 1928. Si le premier film relate la visite du roi Georges V et de son épouse la reine mary (venus avec leur fille et une kyrielle de domestiques arrogants et mesquins (ils travaillent à Buckingham Palace et s’estiment donc plus compétents et meilleurs que ces petits domestiques qui servent des aristocrates provinciaux) qui se feront d’ailleurs piéger comme des bleus par les sympathiques domestiques de la famille Crawley) à Downtown ; les situations rocambolesques de ce premier film m’ont fait éclater de rire, parfois, et sourire souvent. Si en 2019, le spectateur avait la possibilité de voir le premier film en VF* ou en VOSTF**, ce n’est pas le cas du second film (je doute qu’il y ait un 3e film étant donné que la comtesse Violet (magistralement interprétée par une Dame Maggie Smith survoltée et pleine d’humour) décède peu avant la fin du film).


Donc, « Down Town Abbey : une nouvelle ère » : dans ce second film, qui dure un peu plus de deux heures, on retrouve la famille Crawley qui s’est agrandie puisqu’il y a le petit garçon de lady Sybil qu’elle a eu avec son mari (après avoir eu une fille, Marygold, hors mariage), la fille, Margaret, qu’elle a eu avec son second époux (qui parcours l’Europe des courses automobiles plutôt que de rester avec sa femme), Maud, la nouvelle épouse de Branson, l’ancien chauffeur de la famille qui a épousé lady Édith avec qui il a eu une fille, Sibbie qui s’est retrouvé orpheline après le décès de sa mère dans un accident de voiture. Il y a bien sûr l’inénarrable Lady Violet de Maggie Smith qui domine avec une belle autorité et une bonne dose d’humour la famille malgré son âge avancée et la maladie qui finira par l’emporter. C’est d’ailleurs plus ou moins autour d’elle que tourne l’une des intrigues du film puisque l’on apprend qu’elle hérite d’un manoir dans le sud de la France (du côté de Nice) ; manoir qui appartenait à l’un de ses amours de jeunesse le marquis de Montmirail et dont on apprend aussi qu’elle a décidé de le léguer à Sibbie, la fille de Lady Sybille trop tôt disparue. On apprendra également par le notaire de la famille que le marquis avait fait quatre testaments et que dans chacun de ces documents le manoir en question revenait de façon systématique à lady Violet « mon adorée ». Dans les nouveaux personnages, on note la présence de Nathalie baye en Marquise de Montmirail délicieusement retorse, jalouse, aigrie et particulièrement procédurière. Tout ça pour rien puisque son fils, incarné avec talent par l’excellent Jonathan Zaccaï que je découvrais à l’occasion de ce film, se confronte à elle sans rancoeur mais avec fermeté et respecte à la lettre les volontés de son défunt père. Les scènes tournées en France sont de très belle facture tout le savoir vivre anglais, très suranné, se mélange aux bonnes manières françaises avec élégance. Hugues Bonneville (Robert Crawley) et le drôlissime Mr Carson (bien malgré lui d’ailleurs tant il ne réalise pas que son rigorisme sévère, limite « frigide » est totalement vintage), le majordome du comte de Grantham, de Jim Carter est à croquer ; cela étant dit, il est très loyal envers la famille qu’il sert depuis qu’il est tout jeune et qui lui a permis, au gré des promotions successives, de devenir ce qu’il est : un majordome remarquable très apprécié tant par la famille que par les autres domestiques.


L’autre intrigue du film se déroule à Downtown parallèlement à l’intrigue « française » ou une équipe de cinéma débarque au château pour y tourner un film muet qui devient parlant en cours de route (le cinéma est devenu parlant en 1927, mais il y avait encore une production très importante de films muets tant en Angleterre qu’en France). C’est lady Mary, la fille aînée de Robert et Cora Crawley, qui gère le château, le domaine et l’équipe du film en leur absence et dont l’actrice principale est odieuse avec tout le monde, collègues, figurants, équipe de tournage, « upstairs » (la famille Crawley) et « downstairs » (les domestiques). C’est aussi l’occasion de constater le pouvoir de séduction de lady Mary sur le réalisateur qui se confie beaucoup à elle sur ses difficultés : financières (la production tarde à lui envoyer l’argent dont il a besoin pour payer son équipe et les figurants (entre autres), humaines (il a bien du mal à gérer miss Myrna Dalgleish – fort bien interprétée au passage par Laura Haddock – son actrice principale). C’est également l’occasion de retrouver les sympathiques domestiques de la maisonnée. Barrow, devenu majordome est toujours aussi mal dans sa peau et on peut le comprendre. Homosexuel, il ne peut s’afficher en tant que tel car dans la très puritaine Angleterre des années 1920 c’est une maladie que l’on soigne de manière brutale ; la rencontre avec l’acteur principal du film, Guy Dexter (un pseudonyme) lui permet d’envisager de nouvelles perspectives qu’il va finir par suivre pour être heureux. Le couple Bates est égal à lui même et son petit garçon (né lors du dernier épisode de la série) fait son bonheur. La « petite » Daisy qui avait commencé au bas de l’échelle est désormais cuisinière, aide Mrs Padmore aux cuisines et vit avec son second mari.


Le second film est certes très beau et j’ai apprécié de revoir la famille et ses domestiques. Mais je ne suis par certaine que cette double intrigue soit une bonne idée. Ca éclate dans tous les coins et j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver ; et sans l’excellente Maggie Smith qui campe une lady Violet magistrale et pleine d’humour je ne suis pas certaine que le film, très long car il dure 2 heures et 6 minutes, aurait tenu la route. Et d’ailleurs, le décès de lady Violet dans les 30 dernières minutes est un moment d’émotion intense.


Compte rendu, film. Poitiers. CGR Castille, le 2 mai 2022. Simon Curtis (né en 1960) : Downtown Abbey : Une ère nouvelle. Avec : Dame Maggie Smith, lady Violet Crawley – comtesse douairère de Grantham ; Hugh Bonneville, Robert Crawley, comte de Grantham ; Michelle Dockery, lady Mary Talbot, fille ainée de Robert et Cora Crawley ; Elizabeth MacGovern, lady Cora Crawley comtesse de Grantham ; Jim Carter, Carson … 

Continue la semaine prochaine


* VF : Version Française

**VOSTF : Version Originale Sous Titrée en Français