mercredi 11 décembre 2024

Poitiers Film Festival : un palmarès qui reflète la grande qualité des films sélectionnés


Lors de l’édition 2023, j’avais salué un beau palmarès malgré quelques erreurs dans la sélection internationale. Les 37 films sélectionnés pour l'édition 2024 du Poitiers Film Festival étaient d’une qualité exceptionnelle et les jurys ont parfois eu bien du mal à se départager pour attribuer leurs prix. Ce sont treize prix et une mention spéciale qui ont été attribués parmi lesquels deux nouveautés : le prix du collectif 50/50 et le prix de l’écriture créative. S’il y a toujours un moment d’animation qui précède la remise des prix, je dois admettre que l’audio description en direct performée de Marie Diagne qui était bienvenue lors de l’avant première de « Contre toute lumière dansent mes ombres » tombait à plat à l’occasion de la cérémonie de remise des prix. Je me suis également bien ennuyé pendant l’émission de radio animée par Agathe Gallo ; si la jeune femme est une journaliste compétente et agréable à écouter, les redites ont été nombreuses et les hommages à Jean Claude Rullier, pilier du comité de sélection du Poitiers Film Festival disparu en août dernier, ont parfois été un peu lourds ; un peu de sobriété en une si triste occasion aurait été bienvenue. Cela étant dit, la qualité des 37 films sélectionnés (37 sur 1375 reçus par le comité de sélection) a été saluée à plusieurs reprises et, même si je n’ai pas vu l’ensemble des courts métrage, je rejoins l’ensemble des jurys et je tiens à saluer la très belle sélection réalisée à l’été 2024 pour le festival qui vient de s’achever.


Palmarès


Grand prix du jury : El màrtir (Allemagne)


Prix spécial du jury : Spiritum (Mexique)


Prix de la mise en scène : El reinado de Antoine (Cuba)


Prix du scénario : The sea in between (Tchéquie)


Prix du public : Dragfox (Grande Bretagne)


Prix du jury étudiant : Disfonias (Colombie)


Mention spéciale du jury étudiant : Transalpin (France)


Prix du collectif 50/50 : Fatmé (Maroc)


Prix de l’écriture créative : Between the lines (Autriche)


Prix amnesty international France : Mrs Iran’s husband (Iran)


Prix Manifest : Januari (Pays Bas)


Prix Maison du film : Maman danse (Suisse)


Prix de l’extra court : Dragfox (Grande Bretagne)


Prix découverte de la critique française : Toto (Pologne)


Si je suis ravie que l’adorable film d’animation britanique Dragfox (qui met avec talent et sobriété les enfants transgenres en avant) ait reçu deux récompenses (prix de l’extra court et prix du public), je suis également enchantée de voir que nombre de pays ont été récompensés par les différents jurys.


Crédit photo : Arthur Péquin

samedi 7 décembre 2024

So French : une compétition 100 % française dans la compétition


 

Le Poitiers Films Festival a pour cœur de cible, le court métrage d’école. Chaque année le comité de sélection reçoit plus de 1300 films de jeunes réalisateurs du monde entier qui sont en fin d’études. Pour l’édition 2024, ce sont 46 films qui ont été sélectionnés parmi 1375 qui ont été reçus ; 37 d’entre eux ont été répartis en huit séries de quatre ou cinq courts métrages. Les 9 autres, réalisés par des jeunes étudiants d’écoles de cinéma françaises « s’affrontent » dans une compétition à part : So French. Pour cette compétition à part, quatre prix sont remis dès la fin de la projection : prix des lycéens, prix étudiant international, prix du jury, prix du public.


Les films en compétition


- Un été bleu de Juliette Ragot. Film d’animation, 2024. Durée : 8 minutes. École : la Fémis, Paris.


Ce petit dessin animé est assez sympathique, bien réalisé, bien monté, il montre bien l’ambivalence de Louane et d’Aïssa âgées de 14 ans qui profitent d’une apnée pour partager un moment de tendresse.


- Café au lait de Lou Barsali. Documentaire expérimental, 2024. Durée : 18 minutes. École : Master cinéma documentaire, université Bordeaux Montaigne.


Lou Barsali aborde avec talent et sobriété le thème du métissage et de la recherche d’identité des métis au cours des cinquante dernières années.


- Jour de vent de Martin Chailloux, Ai Kim Crespin, Elise Golfouse , Chloé Lab, Hugo Taillez, Camille Truding. Film d’animation, 2024. Durée : 7 minutes. École : École des nouvelles images, Avignon.


Alors que les gens profitent d’une journée au parc, un vent violent et musical se lève bouleversant au passage l’ordre établi.


- Mourir à Oujda de Wissam Bentikouk. Fiction, 2024. Durée : 20 minutes. École : la Fémis, Paris.


Un jeune narcotrafiquant qui a suivi les traces de son père, mort d’une mort violente , finit par « le retrouver » en se faisant assassiner dans une voiture ou il est avec ses amis par un gang rival.


- Jusqu’au dessert de Jules Duclos, Noë Simondi. Film d’animation, 2023. Durée : 4 minutes. École : École des métiers du cinéma d’animation, Angoulême.


Nihno est un jeune homme trans qui se retrouve plongé dans une bulle de négativité. Ses amis tentent de le sortir de ses sombres souvenirs.


- En avant, en arrière de Aurore Engel. Fiction, 2023. Durée : 19 minutes. École : CinéFabrique, Lyon.


Basile tente de se remettre en couple avec Diane qu’il a trompée avec Zoé en emmenant cette dernière lui expliquer que ce n’était qu’un coup d’un soir. De la lâcheté des hommes qui n’assument pas leurs actes.


- Riot Doll de Mrunal Khairnar, Lwazi Msipha, Daria Skripka, Poornima Subramaniam. Film d’animation, 2023. Durée : 7 minutes. École : GOBELINS – école de l’image, Paris.

Bouleversée par la haine qui envahit la société, une jeune livreuse moscovite trouve une curieuse échappatoire pour traiter avec les partisans de la guerre.


- Green light de Bérenger Barry. Fiction, 2024. Durée : 10 minutes. École : CinéFabrique, Lyon.


Hazel et Ben sont potes depuis toujours. Mais aujourd’hui n’est pas toujours.


- La mort du petit cheval de Gabrielle Selnet. Film d’animation, 2023. Durée : 4 minutes. École : La poudrière, Bourg les Valence.


Virée de chez sa mère sans même une paire de chaussures, Gab cherche un appartement dans le chaos des rues de Paris.


Ce sont neuf courts métrages de très belle facture que nous ont proposé les jeunes réalisateurs. Si je n’ai pas du tout accroché à Mourir à Oujda, j’ai apprécié la très belle qualité des films de ces jeunes qui sont en fin d’études.


Le palmarès


Les deux premiers prix sont décernés par les lycéens et les étudiants. Les lycéens viennent de toute la France et sont dans des classes avec option cinéma ; quant aux étudiants, ils sont à l’université dans les classe de FLE (Français Langue Etrangère)


- Prix des lycéens : Café au lait de Lou Barsali


- Prix étudiant international : Café au lait de Lou Barsali


Le jury professionnel a eu du mal a se décider. C’est pourquoi, les jurés ont attribué une mention spéciale ET un prix avec lequel, personnellement je ne suis pas d’accord du tout malgré les qualités du film primé.


- Mention spéciale : En avant, en arrière de Aurore Engel


- Prix du jury : Mourir à Oujda de Wissam Bentikouk


Le prix du public est le dernier à être attribué, mais c’est normal puisque le dépouillement a lieu pendant que les autres prix sont décernés.


- Prix du public : Green light de Bérenger Barry


Crédit photo : Arthur Pequin 

mardi 19 novembre 2024

Le Poitiers Films Festival aura lieu du 29 novembre au 6 décembre au Théâtre Auditorium de Poitiers et au TAP Castille


 

Le Poitiers Film Festival, créé dans les années 1970 par l’archiviste Henri Langlois va célébrer en 2024 sa quarante septième édition. Les responsables de la Scène Nationale poitevine ont donné les grandes lignes de la manifestation à la presse locale le 14 novembre dernier.


Raphaëlle Girard (directrice générale du Théâtre Auditorium de Poitiers) :


Je suis très heureuse de vous accueillir pour la présentation de la prochaine édition du Poitiers Film Festival – la quarante septième du nom, déjà – . Le cinéma tient une place aussi importante dans mon projet que le spectacle vivant. Je tiens beaucoup à l’hybridité des genres, c’est pourquoi il y aura un ciné concert le 30 novembre : 16 levers de soleil ; et aussi un spectacle théâtral créé par les étudiants de la section théâtre du Conservatoire à Rayonnement Régional de Grand Poitiers. Nous avons aussi de nouveaux partenaires : l’espace Pierre Mendès France, la médiathèque de Saint Éloi et la médiathèque François Mitterrand. Mais il y a aussi les partenaires presse habituels qui animeront, notamment des ateliers de radio dans le foyer général du PAT.


Camille Sanz (déléguée générale du Poitiers Films Festival) :


Le Poitiers Film Festival est centré sur l’émergence de nouveaux talents. C’est pourquoi, nous invitons les élèves des écoles de cinéma du monde entier à nous envoyer leurs films dès le printemps ;et la sélection se fait pendant l’été. Ce sont 46 films qui ont été sélectionné sur plus de 1350 qui nous ont été envoyé. Comme de coutume il y a 37 courts métrage qui concourent dans la sélection internationale et 9 courts qui concourent dans la catégorie So French. Les différents cycles de courts métrage seront diffusés au TAP Castille pendant le week-end et en soirée ; ils seront rediffusés au TAP en journée dès le lundi, la remise des prix aura lieu le vendredi à partir de 18h30, avant la projection de la dernière avant première du Poitiers Film Festival. En ce qui concerne la catégorie So French, la compétition aura lieu le mercredi soir au TAP et les prix seront remis dans la foulée Bien sûr il y aura des avant premières ; lors de la soirée d’ouverture, le 29 novembre, nous projetterons « Le beau rôle » de Victor Rodenbach qui est passé par le Poitiers Film Festival il y a quelques années. Pour la clôture nous diffuserons « Mon inséparable » d’Anne Sophie Bailly qui connaît une carrière fulgurante puisqu’elle était sélectionnée au Poitiers Film Festival en 2021. En ce qui concerne le fil rouge du festival, cette année nous iront dans l’espace ; car la fascination spatiale est une spécificité française. Quand au focus pays, nous allumerons les projecteurs en direction de la Lituanie ; nous avons invité quatre réalisatrices dont deux sont passé par le Poitiers Film Festival en 2010 pour l’une et en 2015 pour la seconde. Elles ont toutes les quatre un point commun : elles ont fait la même école de cinéma à Vilnius. Pour le reste, il y aura bien sur les ciné midi (ex ciné sandwich) le mardi 3 et le jeudi 5 décembre – profitez en car ce sont les seules fois ou vous aurez l’occasion de pouvoir manger dans la salle pendant une séance de cinéma ; le ciné concert dont Raphaëlle a déjà parlé aura lieu le 30 novembre. Le 1er décembre sera diffusé un film intitulé « Seul sur Mars » et le 5 décembre à partir de 22 heures aura lieu la Big Band Party.


Julien Proust (en charge de l’éducation à l’image)


Le thème de l’espèce est une source d’inspiration qui nous permet de développer des idées originales. Les lycéens confectionneront des doudous le 27 novembre au cours d’un atelier doudou ; ces doudous seront distribués aux enfants pendant la séance de ciné piou piou du 30 novembre (Centre d’animation de Cap Sud à 10h30). Le 1er décembre au matin et le mercredi après midi. Nous organiserons également un atelier de fabrication de fusées miniatures, nous organiserons aussi une série de projections du film d’animation Wall-e en direction des écoles maternelles et primaires du 25 novembre au 10 décembre ; tout cela dans le cadre de l’éducation à l’image en direction des plus jeunes.


Camille Sanz


Bien sur il y aura une séance spéciale pour l’école de cinéma de Poitiers Cinéesi. Nous projetterons également le film « Contre toute lumière danseront mes ombres » dont Sylvain Beaulieu – l’un des deux réalisateurs – est malvoyant ; cela nous permettra de mettre en place l’audio description pour tout le monde afin que les spectateurs sachent comment cela fonctionne pour les non voyants et les mal voyants


Elodie Ferrer (en charge de la partie pro du Poitiers Film Festival)


La partie professionnelle est d’autant plus importante qu’elle sert de lampe de lancement aux jeunes réalisateurs. Lors de l’édition à venir du Poitiers Film festival nous célébrerons le sixième anniversaire de Jump’in. Les jeunes réalisateurs auront l’occasion de rencontrer des professionnels chevronnés qui les aideront dans leurs orientations professionnelles, dans leur parcours d’écriture. Et cette année ce sont sept réalisateurs européens que nous avons invités à Jump’in. Nous avons une implication très forte au niveau régional ; cette année d’ailleurs le Poitiers Film Festival est coordinateur régional de Talents en Court. Et puis il y aura aussi les rencontres entre les étudiants et certains professionnels dans le cadre de « Mon métier de … ».


C’est une édition qui s’annonce riche en évènements à laquelle nous aurons l’occasion d’assister. Si bien sur le coeur de cible du Poitiers Film Festival reste le court métrage, nous aurons aussi des avant premières de film pendant cette très dense semaine de cinéma. Pour tous renseignements complémentaires sur le Poitiers Film Festival et les tarifs c’est par ici : https://www.tap-poitiers.com/wp-content/uploads/2024/11/pff-catalogue-2024-webb-bd_compressed.pdf

lundi 11 novembre 2024

Dom Juan ou le festin de pierre : une lecture spéciale et pas toujours heureuse de David Bobée

 



Molière ! Voilà bien un nom que les collégiens et lycéens de France et de Navarre ne peuvent ignorer tant ses comédies font partie du panthéon des pièces et comédies étudiées pendant une scolarité digne de ce nom. Et si le mythe de Dom Juan est connu de longue date, la mémoire collective retient essentiellement la comédie de Molière – de son véritable nom, Jean Baptiste Poquelin (1622-1673) – et l’opéra de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Soucieux de proposer des spectacles variés au public poitevin, les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers ont invité David Bobée et la troupe du Théâtre du Nord qui tournent actuellement avec une lecture assez spéciale du chef d’œuvre de Molière.


Des inconvénients très gênants et des avantages non négligeables


David Bobée, en charge de la mise en scène et de la scénographie a pris des libertés avec le texte de Molière qui sont parfois assez gênantes voire même assez bruyantes. Pour évacuer les points négatifs d’emblée : Charlotte et Pierrot incarnés par XiaoYi Liu et Hao Yang Wu parlent en chinois ; si l’on ne peut qu’apprécier de voir la diversité d’origines des comédiens qui incarnent les personnages de la comédie de Molière, était il vraiment nécessaire de traduire leurs dialogues en chinois ? Les ajouts de dialogues – notamment l’inutile « prélude » autour du théâtre qui lance la soirée et se déroule devant les rideaux baissés – n’apportent strictement rien à l’intrigue, tout comme la scène du viol de Charlotte et la scène homosexuelle entre le séducteur et Pierrot lorsque Dom Juan rencontre Charlotte et Pierrot sont également de trop. Bref si David Bobée n’a que de bonnes intentions, il est parfois des « revisites » qui sont loupées. Les musiques choisies, plutôt rock, rap, hip-hop … n’ont pas grand-chose à voir avec le chef d’œuvre de Molière qu’elles desservent plus qu’autre chose. En revanche, les lumières sont superbes, les décors – d’immenses statues ou morceaux de statues – sont plutôt sympathiques, les costumes sont corrects (rien de choquant dans l’ensemble). Je dois bien reconnaître par contre que remplacer le père de Dom Juan par sa mère est plutôt une bonne idée (même s’il faut adapter les dialogues mais cela est assez compréhensible en l’occurrence) car cela donne plus de poids à la punition finale de Dom Juan.


Une très belle distribution


Si David Bobée n’a pas eu que de bonnes idées pour sa mise en scène, le Théâtre du Nord, lui, a invité une distribution de très belle facture. Radouan Leflahi est un Dom Juan retors, menteur, séducteur, sans scrupule et sans foi ni loi. Bref nous avons là un vrai méchant dans toute sa splendeur. Shade Hardy Garvey Moungondo est un Sganarelle sensible et compatissant envers les multiples victimes de son maître et sans ces chansons rajoutées par David Bobée, la performance du comédien d’origine congolaise serait parfaite. On voit assez peu Elvire, joliment incarnée par Nine d’Urso, mais elle est souvent évoquée par Dom Juan et Sganarelle ; et l’arrivée des frères de la jeune femme va encore enfoncer le clou. La voix grave de Séverine Ragaine colle assez bien au personnage de Dom Carlos ; quant à la grande stature de Orlande Zola, qui incarne Gusman (le serviteur d’Elvire) et Dom Alonse (son frère) elle fait ressortir toute la colère de Dom Alonse sans efforts. Grégory Miège, qui est aussi assistant à la mise en scène, est convaincant en Francisque puis en Mr Dimanche ; quel dommage cependant que Bobée ait cru bon de placer ici une scène assez humiliante pour Miège.Il était sans doute possible de faire ressortir la brutalité de Dom Juan d’une autre manière que celle ci. Le duo XiaoYi Liu / Hao Yang Wu est plutôt sympathique et j’ai regretté que Bobée ait eu l’étrange et malheureuse idée de faire traduire leurs répliques en chinois pour les scènes entre Charlotte et Pierrot puis entre Charlotte et Mathurin.


Si j’ai passé une bonne soirée grâce à une très belle distribution, il y a quand même pas mal de choses qui m’ont gênée tant dans la mise en scène que dans le choix des musiques. Cela étant dit, cette lecture spéciale de Dom Juan a séduit un public venu nombreux qui a réservé une ovation debout à l’ensemble des artistes présents sur la scène du Théâtre Auditorium de Poitiers


Compte rendu, théâtre. Poitiers. Théâtre le 7 novembre 2024. Jean Baptiste Poquelin dit Molière (1622-1673) : Dom Juan. Radouan Leflahi, Dom Juan ; Shade Hardy Garvey Moungondo, Sganarelle ; Nine d’Urso, Elvire ; Séverine Ragaine, Don Carlos ; Orlande Zola, Gusman, Dom Alonse ; Grégory Miège, Francisque – pauvre –, Monsieur Dimanche ; XiaoYi Liu Charlotte, un spectre ; Hao Yang Wu, Pierrot, Mathurine, La Ramée, le Commandeur. David Bobée, adaptation, mise en scène ; Léa Jézéquel / David Bobée, scénographie ; Stéphane Babi Aubert / Léo Courpotin, lumières ; Wojtek Doroszuk / Fany Derrier, vidéos ; Jean Noël Françoise, musique ; Alexandra Charles / Maud Lemercier, costumes ; Théâtre du Nord, décors ; Sophie Colleu /Grégory Miège, assistants à la mise en scène.


Crédit photo : agneces artistiques.com

mardi 10 septembre 2024

La première saison théâtrale de Raphaëlle Girard présentée à la presse


 

La première saison théâtrale de Raphaëlle Girard a été présentée à la presse en même temps que la saison musicale (https://lyriqueinfo.blogspot.com/2024/09/la-premiere-saison-musicale-de.html). La partie théâtrale de la saison ne manque pas non plus de très belles surprises.


Théâtre


Comme il y a de nouveaux artistes associés au Théâtre, ça va pas mal bouger. Ainsi le public pictavien aura-t-il l’occasion de voir plusieurs pièces mises en scène par le comédien auteur et metteur en scène Jean François Sivadier. Nous aurons aussi le plaisir de voir Isabelle Huppert.


- Dom Juan de Molière du 6 au 8 novembre mis en scène par David Bobée. Les représentation du 6 novembre et du 8 novembre auront lieu à 19h30


- Sentinelles de et mis en scène pr Jean François Sivadier. La représentation du 19 février est programmée à 20h30 ; celle du 20 février débutera à 19h30


- Bérénice d’après la tragédie de Jean Racine (1639-1699) les 14 et 15 mars 2025. Mise en scène de Roméo Castelluci. J’en profite pour relayer un appel à figurants : Roméo Castelluci cherche 12 hommes mesurant 1m80 et n’ayant pas peur d’évoluer nu (sur un seul tableau) pour faire de la figuration.


- On purge bébé de Georges Feydeau (1862-1921) du 20 au 22 mai 2025


Je ne présente ici que quatre pièces et tragédies, mais ce sont, en tout quatorze pièces et tragédies qui seront présentées pendant toute la saison. Auxquels il faut ajouter deux gratuits qui seront présentés dans le cadre des vagabondages.


Cirque


Comme de bien entendu, deux spectacles de cirques seront présentés dont un dans le cadre de Noël au TAP (tout comme Le docteur Miracle et le concert de l’ensemble Gli Incogniti placé sous la direction d’Amandine Beyer.


- Animal, une histoire de ferme du 18 au 20 décembre par le Cirque Alfonse


- Yé ! (l’eau !) les 27 et 28 janvier 2025 par le circus Baobab


Evènements et festivals (hors festival A Corps déjà évoqué ailleurs)


Bien sur des évènements et festivals jalonneront la saison


- Les journées européennes du patrimoine auront lieu les 20 et 21 septembre avec des visites guidées (départs toutes les 30 minutes de 13h30 à 18h le samedi après midi), des massages sonores …


- Le circuit aura lieu pendant la dernière semaine de septembre. Cela permettra aux jeunes âgés de 16 à 26 ans de profiter de concerts gratuits ou à prix très réduits dans les différents sites de la ville de Poitiers. Pour profiter de la gratuité pensez à faire faire vos cartes culture et ayez TOUJOURS sur vous une pièce d’identité pour justifier de vos droits à bénéficier de ces tarifs avantageux ou de la gratuité.


- Les rencontres Michel Foucault auront lieu du 12 au 15 novembre et feront l’objet d’un article à part


- Le Poitiers Film Festival se déroulera du 29 novembre au 6 décembre. La aussi je vous en dirai plus dans un article dédié.


- Les vagabondages se dérouleront pendant toute la saison. C’est une nouveauté instaurée par Raphaëlle Girard ; ces évènements, gratuits, auront lieu trois ou quatre fois dans plusieurs villes ou villages éloignés afin que chacun puisse profiter de spectacles qu’ils n’ont pas l’habitude de voir. Le premier vagabondage de la saison commence le jeudi 12 septembre à La Blaiserie et se terminera le 22 septembre à Rouillé. La compagnie La Bravache présentera l’Illiade.


Pour rappel, les rendez-vous de la semaine :



- 11 septembre : présentation de la saison au public à partir de 19 heures sur le parvis du Théâtre Auditorium



- 12 septembre : ouverture des abonnements sur internet



- 14 septembre : ouverture des abonnements au guichet



Pour les abonnements au guichet, la prise de rendez-vous est obligatoire soit sur le site du TAP : https://www.tap-poitiers.com/infos-pratiques/infos-pratiques-spectacles/comment-acheter-spectacle soit au : 05 49 39 29 29.



Pour visualiser la saison, les tarifs et tous renseignements complémentaires vous trouverez tout ce dont vous aurez besoin ici : https://www.tap-poitiers.com/



Crédit photo : Arthur Péquin


dimanche 12 mai 2024

Petites mains : quand l’invisibilité devient visible


 


Au départ de tout, une grève interminable des femmes de chambre à l’hôtel ibis Batignolles. Ces « petites mains », ces « invisibles » étaient ou sont encore employées par une société de sous traitance qui travaille, entre autres, avec le groupe hôtelier ACCOR. Si au final, ces femmes courageuses n’ont pas obtenu d’être « internalisées », car le groupe ACCOR s’apprêtait alors à supprimer environ sept cent postes, elles ont au moins obtenu de meilleurs salaires et des conditions de travail décentes. C’est cette grève record, d’une durée de 22 mois, qui est le point de départ du scénario de Nessim Chickaoui et d’Hélène Fillières.


Donc, Petites mains, se déroule dans un hôtel de luxe parisien : le Aston Plaza. Le film parlant des femmes de chambres « internes », employées par l’hôtel et bénéficiant de tous les avantages possibles, et « externes »,employées par le sous traitant et exploitées jusqu’au bout de leurs forçes, on ne voit pas « l’endroit du décor » (riches clients, réception, bar, restaurant …). Et dès l’arrivée de Eva, la jeune « bleue », externe car elle remplace une gréviste (« On ne t’a jamais dit que c’est pas bien de remplacer les copines qui font grève ? »), le décor est planté. Les anciennes, internes et externes, bousculent la nouvelle comme pour lui faire payer son arrivée. Corinne Masiero campe avec talent Simone, la revêche ancienne de l’équipe. Si, comme les autres, elle bouscule Eva, elle s’attache à la jeune fille allant jusqu’à l’héberger lorsqu’elle est jetée à la rue par les responsables du foyer ou elle vit un mois avant la date prévue. Lucie Charles-Alfred est une Eva très convaincante. Témoin des luttes incessantes par les externes Eva prend fait et cause pour les grévistes qu’elle rejoint après une altercation avec son ami Ali qui ne supporte plus son rôle de « valet de chambre » supplémentaire. Mais si Eva reprend ses études c’est bien grâce à Simone qui lui fait comprendre que travailler et prendre fait et cause pour les grévistes c’est une chose, mais penser à soi et avancer dans la vie en est une autre. Marie Sohna Condé est totalement hilarante dans le rôle de la très extravertie Safiatou. Mais attention ne nous fions pas nous plus aux apparences car Safiatou cache son mal-être et son malaise sous une « décontraction » de façade et lorsqu’elle apprend que c’est une autre qui a été employée en interne alors qu’elle avait demandé à être internalisée (plus facile pour le renouvellement des papiers d’avoir un CDI et un « vrai » salaire et les avantages qui vont avec) elle explose et rejoint les grévistes sans autre forme de procès. Salimata Kamata est certes une belle Violette mais face à la tornade Sohna Condé elle peine à trouver sa place. Pour en terminer avec l’équipe de femmes de chambre et la gouvernante, parlons de Maïmouna Gueye (Aïssata) et Mariama Gueye (Agnès Simon). La première fonce dans le tas, comme ses collègues, tandis que la seconde, la gouvernante, doit composer avec ces femmes dont elle comprend les états d’âmes et la grève, et la direction de l’hôtel qui la presse comme une orange trop mure pour faire « tourner » les équipes en remplaçant impitoyablement les grévistes et les malades. Kool Shen est le syndicaliste de service ; Thierry Bonneau prend fait et cause pour les femmes de chambre et les défend avec un bel acharnement jusqu’à ce que les revendications de ces grévistes attachantes soient enfin entendues. Abdallah Carki est un Ali sympathique ; l’équipier de l’hôtel, le premier que Eva rencontre à son arrivée dans l’hôtel qui l’embauche en remplacement de la gréviste Ludivine, finit par soutenir le mouvement de grève après avoir assisté au défilé improvisé par les femmes de chambre pendant la fashion week dans l’unique but de bloquer l’entrée principale de l’hôtel.


Bien sûr il y en aura toujours pour dire qu’un documentaire aurait plus eu sa place plutôt qu’un film. Mais ce film qui tourne autour de la grève des femmes de chambre de l’hôtel, n’a pas vocation à montrer les riches clients , ni les salons feutrés, ni le bar. On ne peut donc que saluer le très beau travail de Nessim Chickaoui qui brosse un « portrait » haut en couleur de ces travailleuses de l’ombre trop souvent reléguées dans l’ombre, méprisées, exploitées par ces sociétés de sous traitance qui profitent de leur précarité et de leur situation « sur le fil » oscillant sans cesse entre légalité (le renouvellement de leurs papiers dépend de leurs contrats de travail) et illégalité (pas de travail pas de papiers). Petites mains est défendu avec beaucoup de panache par une Corinne Masiero très inspirée et dont, pour une fois, j’ai apprécié la sobriété. Les autres comédien(ne)s ne sont pas en reste et font honneur au réalisateur avec talent.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. CGR Castille, le 6 mai 2024. Nessim Chickaoui (né en 1997) : petites mains sur un scénario de Nessim Chickaoui et Hélène Fillières. Corinne Masiero, Simone ; Lucie Charles-Alfred, Eva ; Marie Sohna Condé, Safiatou ; Salimata Kamaté, Violette ; Maïmouna Gueye, Aïssata ; Mariama Gueye, Agnès Simon ; Kool Shen, Thierry Bonneau ; Abdallah Charki, Ali. Durée : 1 heure 27. Sortie nationale : 1er mai 2024.


Crédit photo Corinne Masiero : Caroline Vié pour 20 minutes


Crédit photo Lucie Charles-Albert : Emmanuelle Thiercelin

lundi 6 mai 2024

Le journaliste et homme de lettres Bernard Pivot est mort


 

Nous apprenons avec tristesse le décès de Bernard Pivot. Né en 1935, le journaliste est mort au lendemain de son quatre-vingt neuvième anniversaire. Après la guerre Bernard Pivot obtient son baccalauréat à Lyon ou il fait son droit dans la foulée ; il sort ensuite vice-major du Centre de Formation des Journalistes en 1957 (école qu’il avait intégré en 1955).


Débuts dans la presse écrite


En 1959, Bernard Pivot fit ses débuts dans la presse écrite : Le Progrès, pendant un an puis Le Figaro Littéraire (qui disparut au profit du Figaro) jusqu’en 1974 (après l’arrivée de Jean d’Ormesson à la direction générale). A l’invitation de Jean Louis Servant-Schreiber il participa à la création du magazine Lire en 1975. Bernard Pivot fut aussi un collaborateur régulier de journaux comme Le Point (1992-2022) et le Journal du dimanche.


animateur télé et juré de prix prestigieux


Hyper-actif, Bernard Pivot présenta, en tant qu’animateur télé deux émissions très populaires : Apostrophes (1975-1990) et Bouillon de culture (1991-2001). Dès 1985, Bernard Pivot « invente » les championnats du monde d’orthographe, plus connus sous le nom de « Dicos d’or » qui se terminaient par une dictée particulièrement difficile dont il écrivait le texte de la finale (la dictée de la demi finale était écrite, elle, par la linguiste Micheline Sommant). Mais ce n’est pas tout car ce grand défenseur de la littérature était aussi juré pour des prix reconnus : le Prix inter-allié (depuis 2002 – année ou il succéda à Jean Couvreur mort en 2001) et le prix Goncourt qu’il intégra en 2004 (il en prit la présidence en 2014 après qu’Edmonde Charles-Roux lui eut cédé son siège). Mais le scandale Matzneff (qui éclata en 2019) le poussa à démissionner de l’académie Goncourt dont il était depuis membre d’honneur.


Les Grandes Gueules


Mais Bernard Pivot était aussi un homme de radio. Il créa une émission (qui existe toujours par ailleurs avec Laurent Ruquier en « tête d’affiche »). Mais ses il fit ses débuts débuts radiophoniques sur Europe 1 avant d’intégrer RTL dans les années 1980.


Écrivain


De 1959 à 2018 Bernard Pivot sort plusieurs ouvrages dont un avec sa fille Cécile Pivot en 2011. mais cette activité restait minoritaire chez cet homme polyvalent et hyperactif mais défenseur inépuisable de la littérature qu’il s’efforça toujours de vulgariser afin d’amener le plus grand nombre de personnes vers la lecture.


C’est un compagnon de route de la littéraire française et internationale qui vient de nous quitter. Nous adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches.


Crédit photo : Lewis Joly pour le JDD