lundi 5 février 2024

Le Molière imaginaire : Olivier Py filme les dernières heures de la vie Molière




Olivier Py est reconnu de longue date comme un metteur en scène de théâtre et d’opéra. Mais 25 ans après son premier film, selon lui, il revient au cinéma en réalisant un film sur les deux dernières heures de la vie de Jean Baptiste Poquelin que nous connaissons tous sous son nom de théâtre : Molière. Le Théâtre Auditorium de Poitiers a eu le privilège d’accueillir la seconde avant première de la tournée d’Olivier Py et de son nouveau film. L’avant première du film a aussi été l’occasion pour la directrice du Théâtre Auditorium de Poitiers de présenter au public, venu nombreux, de présenter le nouveau directeur du TAP Castille qui prendra ses fonctions le 1er mars prochain.


Homme de théâtre, Olivier Py a particulièrement soigné les décors et les costumes qui sont superbes et emmènent d’emblée le spectateur dans la France de Louis XIV. Si la mise en scène et la réalisation sont de très belle facture, je regrette que Py ait été un peu excessif par moments, notamment dans la réalisation des scènes homosexuelles. Malgré ce bémol, Olivier Py a fait un travail superbe tant sur la scénographie globale du film, que sur la mise en scène de la pièce dont on ne voit d’ailleurs que des extraits car « Le malade imaginaire n’était pas l’objet du film et je ne souhaitais en montrer que des extraits » nous dit Olivier Py pendant le débat qui a suivi la diffusion du film. Les allers-retours entre la salle et les coulisses montrant les vies parallèles des comédiens et des spectateurs sont parfaits car ils permettent au spectateur de voir les réactions « à chaud » d’un public toujours aussi nombreux malgré l’absence de Louis XIV qui a « lâché » Molière et sa troupe depuis longtemps tout en montrant les intrigues amoureuses et les rivalités latentes, comme si une partie de la troupe n’attendait que la mort du « patron » pour faire sédition (c’est à ce moment qu’eut lieu la première évocation de la Comédie Française qui sera fondée en 1680 sur ordonnance de Louis XIV et qui regroupera la troupe de Molière et celle de l’hôtel de Bourgogne).


Quant à la distribution elle est exceptionnelle, menée de main de maître par un Laurent Lafitte (Molière) en grande forme. Le comédien campe à merveille un Molière parfaitement conscient d’être mourant mais déterminé à mener la représentation du Malade imaginaire à son terme. Stacy martin est une belle Armande mais manque un peu de « peps » face à la tornade Laurent Lafitte qui entraîne tout sur son passage. Cependant, la jeune femme brosse un joli portrait d’Armande. Omniprésente dans la vie de la France du XVIIe l’Église est représentée par un cardinal (Pierre-André Weitz) caricaturé avec un humour certain par Olivier Py ; l’objectif d’Armande étant d’obtenir que Molière soit enterré en terre chrétienne. Si finalement la jeune femme échoue, Molière réagissant violemment en déchirant avec hargne la lettre de renoncement au métier de , on peut aussi se demander quel était son but réel. Le trio de « vieilles harpies » délicieusement costumées et outrageusement grimées est interprété magnifiquement et de manière totalement hilarante par Judith Magre (qui, âgée de 97 ans, est en grande forme et mordante à souhait), Dominique Frot et Catherine Morand. La Madeleine de Jeanne Balibar est émouvante malgré l’amertume d’avoir vu de son vivant Molière la quitter pour sa fille à elle. On ne manquera pas de saluer les très belles performances de Bertrand de Roffignac (Michel Baron), Jean Damien Barbin (Chapelle), Émilien Diard-Detoeuf (La Grange), Gray Orsatelli (le duc de Bellegarde), Céline Chéenne (Catherine de Brie) et d’Eva Rami (la Beauval).


Le débat qui a suivi la diffusion du Molière imaginaire était d’autant plus intéressant qu’Olivier Py a parlé du travail de recherche impressionnant qu’il a réalisé en amont du film, tant autour de la mort de Molière que de ses funérailles qui restent somme toutes assez mystérieuses. Mais il a aussi parlé de la réalisation du film qui a duré trois semaines et pour laquelle il a utilisé plusieurs types de caméra et même un smartphone pour certaines scènes qui se déroulaient dans les coulisses. Le public, venu nombreux, a réservé un accueil très chaleureux à Olivier Py qui y a été sensible.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. Théâtre, le 29 janvier 2024. Olivier Py (né en 1965) : Le Molière imaginaire. Laurent Lafitte, Molière ; Stacy Martin, Armande ; Bertrand de Roffignac, Michel Baron ; Jean-Damien Barbin, Chapelle ; Emilien Diard-Detoeuf, La Grange ; Gray Orsatelli, le duc de Bellegarde ; Jeanne Balibar, Madeleine ; Céline Chéenne, Catherine de Brie ; Eva Rami, La Beauval ; Pierre-André Weitz ; Judith Magre ; Dominique Frot ; Catherine Morand. Sortie nationale : 14 février 2024


Crédit photo : Nicolas Tucat

lundi 8 janvier 2024

La fille de son père en clôture du Poitiers Film Festival


L’édition 2023 du Poitiers Film Festival a été riche en évènements divers et a « accouché » d’un palmarès de qualité dans lequel j’ai eu la satisfaction de voir primés deux court-métrages que j’avais apprécié (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/entre-monstres-et-beyrouth-le-poitiers.html). Si j’ai bien aimé l’avant première de « La vie de ma mère » de Julien Carpentier, dont la sortie est prévue pour le 6 mars 2024 (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/julien-carpentier-et-la-vie-de-ma-mere.html), le film d’Erwan Le Duc, qui est son second long-métrage, est une réussite et les acteurs réunis par Le Duc donnent vie à leurs personnages avec talent.


Si l’histoire du « Je t’aime moi non plus » est assez courante, la suite de l’histoire est assez agréable à suivre. La romance entre Rosa et Youssef est assez étonnante car l’amour courtois, très en vogue au Moyen Age, revient ici sous une forme très sympathique. Le duo Rosa (Céleste Brunquell) / Étienne (Nahuel Pérez Biscayart) est de très belle facture ; le père et la fille, abandonnés par la mère de la jeune fille alors qu’elle n’était qu’un bébé, sont fusionnels au point que Youssef (Mohammed Louridi) et Hélène (Maud Wyler) ont parfois bien du mal à trouver leur place. Mais il faut bien admettre que ce quatuor crève l’écran. Youssef, ce troubadour moderne, a bien du mal à s’imposer face à Étienne mais sa joie de vivre, sa gouaille, son imagination sans bornes ne laisse personne indifférent à commencer par Rosa. Étienne, père à la fois protecteur et avide de liberté a beau couver Rosa tout en la poussant à voler de ses propres ailes, il cherche aussi à s’émanciper d’un passé qui le taraude ; si c’est le hasard qui remet Valérie (Mercedes Dassy) sur le chemin d’Étienne, c’est lui qui, par la ruse, met Rosa et Valérie en présence. Et l’histoire, fort bien écrite, est réalisée avec talent et sans excès par un Erwan Le Duc très inspiré. Le quatuor principal peint une fresque très agréable à regarder.


C’est une très belle clôture de festival que nous ont proposé les responsables du Poitiers Film Festival. La remise des prix (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/entre-monstres-et-beyrouth-le-poitiers.html) et la dernière avant première de l’édition 2023 du Poitiers Film Festival ont fermé une édition riche en évènements


Compte rendu cinéma. Poitiers. Théâtre, le 8 décembre 2023. Erwan Le Duc (né en 1977) : La fille de son père. Nahuel Pérez Biscayart, Etienne ; Céleste Brunquell, Rosa ; Maud Wyler, Hélène ; Mohammed Louridi, Youssef ; Mercedes Dassy, Valérie. Durée : 1 heure 31. Sorti en salle le 20 décembre 2023 dernier.


Crédit photo : Giancarlo Gorassimi (pour bestimage)

samedi 30 décembre 2023

Entre monstres et Beyrouth le Poitiers Film Festival fait le show


Les monstres, la monstruosité, il y a beaucoup à dire sur le sujet. Et Camille Sanz et son équipe l’ont bien compris en en faisant le thème principal de la quarante-sixième édition du Poitiers Film Festival. Ce sont des courts-métrages, le coeur du festival, des long-métrages, dont deux avant-premières, des dessins animés, des animations en tous genres qui ont été programmés pour permettre à tous les publics, du plus jeune au plus âgé, de venir au Théâtre Auditorium ou au TAP Castille pour visionner des films aussi différents les uns que les autres.


Séance piou-piou (dimanche 3 et mercredi 6 décembre)


Ce sont cinq court-métrages animés bien ficelés qui venaient de France mais aussi d’autres pays européens. Si le dimanche les familles étaient peu nombreuses, les enfants ont pris un vrai plaisir à regarder ces 5 dessins animés dont les monstres étaient loin d’être aussi effrayants que dans les films pour adultes, le mercredi, ils ont beaucoup parlé, racontant chaque histoire à leur manière à leurs parents, leurs grand-parents, leurs accompagnateurs, ce qui était assez réjouissant et en même temps très rafraîchissant.


L’étrange noël de Mr Jack (dimanche 3 décembre)


En début d’après-midi, c’est l’étrange noël de Mr Jack de Henry Selik qui était diffusé au Théâtre Auditorium de Poitiers. Sorti en 1993, ce film, parti d’une idée de Tim Burton, qui en a écrit le scénario avec Caroline Thompson et réalisé les dessins, relate les aventures de Jack, squelette très populaire car il organise des fêtes d’halloween mémorables. Mais Jack a envie de changement parce qu’il s’ennuie à force d’organiser des fêtes d’halloween toujours plus retentissantes. La découverte par Jack de « Christmastown » va le plonger dans des aventures inattendues ; le théâtre était bien rempli pour cette nouvelle diffusion familiale. L’on retrouve avec plaisir l’univers de Tim Burton qui, au travers de ce scénario et de ces dessins originaux, nous entraîne dans un monde parallèle très divertissant. Et le bal des petits monstres qui a suivi la diffusion a permis aux nombreux enfants présents de se lâcher avec un malin plaisir. Cependant beaucoup d’enfants, les plus jeunes, ne sont venus avec leurs parents que pour le bal des petits monstres, les parents n’ayant pas souhaité ni effrayer les petits en les menant voir le film, ni casser le mythe du père noël ; entre le feu d’artifice de ballons, car j’ai rarement vu autant de ballons éclater sous les coups de boutoirs des « petits monstres », l’atelier maquillage, le goûter, les animations, rien ne manquait pour divertir les enfants qui se sont beaucoup amusés.


Les court-métrages de Wissam Charaf


Wissam Charaf est un cinéaste autodidacte qui s’est rapidement fait un nom dans le milieu. Avec « Tombé du ciel », nous avons eu l’occasion d’apprécier un bel exemple du talent de Wissam Charaf (https://autresarts.blogspot.com/2023/12/tombe-du-ciel-bien-que-terminee-la.html). Mais nous savons aussi que le réalisateur franco-libanais apprécie particulièrement le genre court-métrage et nous avons vu une série de trois court-métrages de très belle facture.


Alba court-métrages


Cette série ne m’a pas vraiment convaincue, je ne m’étendrai donc pas.


La sélection internationale


Cette année, je n’ai vu que trois séries de court-métrages sur les huit programmées. Il y avait du très bon et du mauvais – voire même du malsain. Le très bon c’est le très court mais très beau film d’animation « Ressources Humaines » de Trinidad Plass Caussade, Titouan Tillier et Isaac Wenzek ; c’est aussi « La hérida luminosa » de Christian Aviles. Le mauvais, voire malsain c’est un court-métrage israélien d’une vingtaine de minutes ou l’on voit un jeune voler le téléphone d’une jeune femme et en arriver à se masturber en regardant ses vidéos avant de rendre l’objet à sa propriétaire légitime.


Une cérémonie de remise des prix très hilarante et un palmarès de qualité


C’est l’humoriste poitevin Jérôme Rouger qui animait la cérémonie de remise des prix. Et une fois de plus son humour caustique a beaucoup fait rire une salle très bien remplie ; visiblement très inspiré par le thème de l’édition 2023 et galvanisé par l’excellente ambiance qui régnait au Théâtre Auditorium pendant toute la durée du festival, Jérôme Rouger a ciblé quelques membres de l’équipe avec des piques bien senties qui les ont fait beaucoup rire et qui ont fait exploser de rire une salle toujours aussi pleine ce qui était de bon augure pour la dernière avant-première du festival.


Grand prix du jury : Se réveiller en silence de Daniel Asadi Faezi et Mila Zhluktenko. Allemagne. Documentaire – 2023. Durée : 8 minutes. Ecole : HFF, Munich.


Prix spécial du jury : Ressources Humaines de Trinidad Plass Caussade, Titouan Tillier et Isaac Wenzek. France. Film d’animation – 2023. Durée : 3 minutes. Ecole : EMCA – École des Métiers du Cinéma d'Animation, France


Prix de la mise en scène : Peine d’amour de Août Aabo. Fiction, 2022. Durée : 26 minutes. Ecole : Super 16, Danemark.


Prix du meilleur scénario : Electre de Daria Kashcheeva. Film d‘animation, 2023. Durée : 26 minutes. Ecole : FAMU – École de cinéma et de télévision de l'Académie des arts du spectacle de Prague. République tchèque


Mention spéciale : La Hérida luminosa de Christian Aviles. Fiction, 2023. Durée : 23 minutes. Ecole : ESCAC – Escola Superior de Cinema i Audiovisuals de Catalunya, Espagne.


Prix du public : La voix des autres de Fatima Kaci. Fiction, 2023. Durée : 30 minutes. Ecole : La Fémis, France


Prix du jury étudiant : Je n’ai jamais vraiment été là de Gabirel Bihina Arrahnio. Fiction, 2022. Durée : 25 minutes. Ecole : Université du cinéma Babelsberg KONRAD WOLF, Allemagne.


Prix découverte de la critique française : Taxibol de
Tommaso Santambrogio. Fiction documentaire, 2023. Durée : 50 minutes. Ecole : EICTV – Escuela International de Cine y TV, Cuba


Prix manifeste : Peine d’amour de Août Aabo. Fiction, 2022. Durée : 26 minutes. Ecole : Super 16, Danemark.


Prix de l’extra court : Code rose de Taye Cimon, Pierre Coëz, Julie Groux, Sandra Leydier, Manuarii Morel et Romain Seisson. Animation, 2022. Durée : 5 minutes. Ecole :  ENSI – École des Nouvelles Images, France.


Prix amnesty international France : La voix des autres de Fatima Kaci. Fiction, 2023. Durée : 30 minutes. Ecole : La Fémis, France.


Nous félicitons les lauréats et nous espérons les revoir dans les années à venir avec d’autres court-métrages et/ou avec un premier long-métrage.


Crédit photo : Arthur Péquin


mercredi 20 décembre 2023

So french : une compétition franco-française au coeur du Poitiers Film Festival


Le Poitiers Film Festival, qui se déroule la première semaine de décembre est reconnu de longue dans le milieu cinématographique français et international. Chaque année le comité de sélection reçoit un nombre toujours plus important de court-métrages du monde entier. Ces films réalisés par des jeunes gens en fin de parcours universitaire ont ainsi l’occasion de concourir dans deux catégories : la sélection internationale qui regroupait cette année 35 court-métrages et dont je parlerai dans un autre article et la catégorie So French qui regroupait 7 court-métrages. En général, la compétition pour cette catégorie se déroule en milieu de semaine ; et en 2023, elle s’est déroulé le mercredi 6 décembre dernier. La remise des prix a eu lieu tout de suite après la compétition ; ce sont quatre prix qui ont été décernés.


Prix du jury : Aldébaran de Emma Danion. Documentaire expérimental – France 2022 – Durée : 22 minutes. École : Master écritures documentaires - Université Aix-Marseille, Aix-en-Provence


prix du public : J’ai grandi ici de Joachim Larrieu. Fiction – France 2022 – Durée : 15 minutes. École : CinéFabrique, Lyon


Prix du jury lycéen : J’ai grandi ici de Joachim Larrieu. Fiction – France 2022 – Durée : 15 minutes. École : CinéFabrique, Lyon


Prix du jury étudiant international : Ungurus de Rostislav Kirpicenko, Sacha Teboul. Fiction – France 2022 – Durée : 35 minutes. École : La Fémis, Paris.


Nous adressons nos félicitations aux lauréats de cette belle compétition et nous espérons les revoir dans les prochaines années.


crédit photo TAP Poitiers : Arthur Péquin

Tombé du ciel : bien que terminée la guerre civile n’a jamais vraiment quitté le Liban


 

Wissam Charaf (né en 1973) est un réalisateur autodidacte qui navigue entre le Liban et la France. Bien que la guerre civile, qui a duré plus de quinze ans, soit terminée, elle a traumatisé tout un pays. Avec Tombé du ciel, film sorti en 2017, Wissam Charaf replonge en filigrane dans cette sombre période puisque le « héros », Samir, est un ancien milicien qui, annoncé mort, réapparaît soudainement chez frère, chez qui vit aussi le père des deux hommes. Les retrouvailles sont difficiles entre les trois hommes car le père a sombré dans la folie, Rami, le frère de Samir, travaille dur pour faire vivre le foyer et Samir tente de se reconstruire dans un Beyrouth qu’il ne connaît plus et auquel il n’appartient plus après vingt ans d’absence.


C’est un très beau film qu’a réalisé Wissam Charaf ; les plans, les images, les photos sont parfaits. Les paysages libanais, notamment les montagnes enneigées que nous voyons au début du film, sont magnifiques et la réalisation de Charaf les met en valeur sans ostentation. Quant à Rodrigue Sleiman (Samir) et Saïd Serham (Rami) ils forment un duo idéal ; L’un et l’autre s’emparent sans coup férir de leurs personnages et leurs donnent vie avec beaucoup de talent. Rodrigue Sleiman rend parfaitement les sentiments contradictoires de Samir qui est complètement perdu dans ce Beyrouth qu’il ne connaît plus après plus de vingt ans d’absence et les traumatismes de la guerre, qu’en tant que milicien et tireur d’élite, il a subi de plein fouet. Il n’y a pas d’affrontement direct avec Rami (Saïd Serham) mais les piques que se lancent les deux frères suffisent à nous faire comprendre à quel point les deux hommes n’ont plus rien en commun sauf leur père dont ils s’occupent à deux depuis le retour de Samir. Il faudra un drame pendant une mission de protection dont était chargé Rami pour qu’il y ait un semblant de rapprochement, mais cela ne suffira pas puisque Samir disparaît à nouveau après être allé rendre hommage à sa mère décédée pendant son absence ; cette nouvelle disparition rend la parole à Rami devenu muet après son acte héroïque.


Bien que le film ne dure qu’à peine plus d’une heure, Wissam Charaf nous a fait passer un excellent moment dans un Beyrouth toujours très abîmé par la guerre civile même si les blessures ne sont plus visibles, elles n’en sont pas moins toujours présentes et très profondes.


Compte rendu, cinéma. Poitiers. TAP Castille, le 7 décembre 2023. Wissam Charaf (né en 1973) : Tombé du ciel. Rodrigue Sleiman, Samir ; Saïd Serham, Rami ; Yumna Marwan, Yasmine ; Raed Yassin, Omar ; George Melki, le père ; Ivan Herbez. Date de sortie : 15 mars 2017. Durée : 1 heure 10.


Crédit photo Wissam Charaf : inconnu

samedi 9 décembre 2023

Julien Carpentier et La vie de ma mère ouvrent le 46e Poitiers Film Festival


Le Poitiers Film Festival, qui vient de s’achever, est reconnu de longue date dans le paysage cinématographique français et international. Spécialisé dans la promotion du court-métrage, le Poitiers Film festival promeut également les jeunes réalisateurs en fin d’études ou en tout début de carrière. Mais c’est aussi l’occasion de programmer des avant-premières pendant cette semaine intense. L’une en ouverture de la manifestation, une deuxième en clôture ; il y en a également une, deux ou trois en cours de semaine selon le thème de l’année. Ainsi, pour la quarante sixième édition du Poitiers Film Festival, dont le thème était « faire monstre », ce sont deux avant-premières qui ont été programmées le lundi et le mardi : Rosalie de Stéphanie di Giusto, qui signe là son deuxième film (sortie prévue le 10 avril 2024), et L’homme d’argile de Anaïs Tellenne (sortie prévue le 24 janvier 2024). Comme j’avais d’autres obligations et que je voulais aussi lever le pied par rapport à l’édition 2022, je n’ai pas vu ces deux films.


Pour son deuxième film,
La vie de ma mère, Julien Carpentier aborde le difficile sujet de la bipolarité ; et il le fait fort bien. Agnès Jaoui, dans le rôle de Judith, a tendance à en faire un peu trop ; mais c’est aussi le propre des bipolaires qui peuvent passer en quelques secondes d’une extrême euphorie à une phase de dépression intense. Et Agnès Jaoui rend ces sautes d’humeur avec une justesse confondante. Face à Agnès Jaoui, William Labghil est un très beau Pierre ; Le jeune homme, fleuriste à succès, qui ne supporte plus les incartades de sa mère dont la maladie, très envahissante et énergivore, a éprouvé le besoin de s’éloigner d’elle pour pouvoir vivre sa vie. La dernière fugue de Judith de la clinique ou elle est placée, va tout changer et rapprocher la mère et le fils au cours d’une escapade parfaitement filmée par Carpentier. Néanmoins, l’atmosphère change radicalement à partir de la scène de la chanson pendant laquelle Judith et Pierre, qui a appelé la clinique à l’insu de sa mère car il craint toujours une rechute, chantent en duo. Le jeune homme prend la fuite avec sa mère lorsqu’il aperçoit l’ambulance qui se gare devant le bar ou ils sont en train de chanter ; et cette fuite, qui est l’occasion de revoir l’ancienne maison de famille, permet aussi à Judith de prendre conscience de la situation qui est la sienne : malade, panier percé elle n’a pas / plus les moyens de vivre seule dans une maison et elle est placée sous curatelle dont Pierre est le gérant. Bref Judith apprend à accepter sa maladie tandis que Pierre apprend, ou plutôt réapprent à connaître et à aimer une mère dont il s’était éloigné.


Ce deuxième film de Julien Carpentier a le mérite de faire un focus sur une maladie qui est très souvent méconnue car les personnes qui en sont atteintes passent plus pour des excentriques qu’autre chose. Agnès Jaoui et William Lebghil font honneur à Julien Carpentier en donnant vie à Judith et à Pierre avec beaucoup de talent et d’humanité.


Compte rendu, film. Poitiers. Théâtre, le 1er décembre2023. Julien Carpentier : La vie de ma mère. Avec Agnès Jaoui, Judith ; William Lebghil, pierre ; Salif Cissé ; Alison Wheeler ; Noémie Zeitoun.


crédit photo Julien Carpentier : inconnu

crédit photo Agnès Jaoui : Patrick Fouque

mardi 21 novembre 2023

Entre Monstres et voyage au Liban : Le Poitiers Films Festival aura lieu du 1er au 8 décembre


Depuis 1977, année de sa première édition, le Poitiers Films Festival a lieu fin novembre début décembre. Autrefois nommé Rencontres Louis Langlois, du nom de celui qui fit tant pour le cinéma en général et pour le court métrage en particulier, la manifestation célébrera cette année sa quarante sixième édition. C’est Raphaëlle Girard, la nouvelle directrice du Théâtre Auditorium de Poitiers, et Camille Sanz, la déléguée générale du Poitiers Films Festival, qui ont présenté la prochaine édition du festival. Pour l’occasion, elles étaient accompagnées de trois membres de l’équipe du Poitiers Films Festival : Julien Proust, Élodie Ferrer et Julie Gratecap (chargée de communication qui gère exclusivement le PFF*).



Raphaëlle Girard : Je suis ravie d’assister à mon premier Poitiers Films Festival et je tiens à rendre hommage à Jérôme Lecardeur qui a tant fait pour le PFF pendant toute la durée de sa direction. Bien sûr, je savais qu’il existait, mais j’ignorais qu’il y avait autant de festivals consacrés au cinéma en Nouvelle Aquitaine. Et toutes ces manifestations travaillent main dans la main avec le PFF grâce à un partenariat solide. Le Poitiers Films Festival est centré sur la jeunesse et sur les artistes émergents. Ce sont 1400 films qui ont été visionnés par le comité de sélection qui a retenu 42 films français et étrangers. Nous accueillerons environ vingt réalisateurs étrangers qui assisterons à des rencontres pros pendant toute la durée du festival ; et cette année nous ferons un focus sur le Liban. Mais le PFF est, pendant une semaine, le point de rendez-vous des cinéastes du monde entier ; il y a aussi un fort rayonnement régional. Comme les intempéries très importantes des dernières semaines nous ont privé d’une salle, le CGR Castille, notre propriétaire, accepte de nous prêter une salle pour que le PFF puisse se dérouler normalement. Nous espérons que cela ne durera pas trop longtemps. Le PFF s’associe également aux acteurs culturels (des séances auront lieu à Cap Sud, par exemple) et aux commerçants de la ville de Poitiers. Comme les années précédentes nous mettons en place un pass unique à 20 € pour cinq séances, ce qui met la séance à 4 €.


Camille Sanz : La prochaine édition du Poitiers Films Festival sera riche en évènements. Cette année, le PFF ouvrira avec La vie de ma mère qui est un premier long métrage et fermera avec La fille de son père qui est, lui un deuxième long métrage. Entre temps seront diffusés 35 courts métrage internationaux diffusés dans huit séries de quatre ou cinq courts métrage deux fois au TAP Castille et au TAP**. Ces courts métrage, tous des films de fin d’études viennent de vingt-huit écoles et de vingt-deux pays différents ; il y a des fictions, des films d’animations et des documentaires. Dix prix seront remis lors de la cérémonie de clôture, juste avant la diffusion de la dernière Avant Première du PFF 2023 ; cette année le jury sera présidé par la scénariste Catherine Payet. Quant à la catégorie So French, elle se déroulera le mercredi 6 décembre ; ce sont sept courts métrage qui sont en compétition et dont le palmarès (quatre prix) sera donné dans la foulée. Mais le Poitiers Films Festival c’est aussi une série de Classes de maître, dont l’une sera animée par Julie Gayet, et un dispositif immersif sera installé dans la petite salle qui est juste à côté du foyer général (qui sert généralement de vestiaire les soirs de spectacle). Cette année nous ferons un focus sur le Liban et le thème principal de l’édition à venir tournera autour des monstres ; dans ce cadre là, nous diffuserons deux avant-premières. Et comme d’habitude il y aura deux ciné sandwich à 12 heures 30 le mardi et le jeudi et il y aura un ciné concert.


Julien Proust : Comme chaque année, il y aura des séances de cinéma à faire en famille et les tous petits ne seront pas oubliés puisqu’il y aura un ciné piou-piou au TAP Castille et un ciné-doudou à cap-sud (les doudous sont fabriqués par les élèves du lycée du Dolmen). Et puisque, cette année, les monstres seront à l’honneur, nous diffuserons L’étrange noël de Mr Jack, nous organiserons aussi un bal des petits monstres qui sera suivi d’un goûter. Nous organiserons aussi une démonstration de maquillage « monstrueux ». En ce qui concerne la partie « pro », nous organiserons des ateliers de pratiques artistique, des ateliers d’écriture de scénario. Ce programme voyagera dans toute la Nouvelle Aquitaine. Et nous n’oublions pas les lycéens qui ont choisi l’option cinéma en spécialité. Ils auront la possibilité d’assister à des conférences intitulées « Mon métier de … » au cours desquelles ils découvriront les métiers de l’ombre du cinéma.


C.S : N’oublions pas non plus que l’Université de Poitiers propose un Master d’Assistant Réalisateur qui célèbre cette année son dixième anniversaire ; pour eux nous mettons en place chaque année des rencontres professionnelles. Nous sommes également attentifs à tout ce qui se passe dans la région, car le PFF est partenaire de plusieurs festivals de cinéma dans la région Nouvelle Aquitaine.


Élodie Ferrer : Le PFF c’est aussi un dispositif qui s’appelle Tremplin dont le volet pro nous permet de poursuivre l’accompagnement des jeunes réalisateurs du mois de juin jusqu’au mois d’avril suivant. Et avec Jump In, les réalisateurs reviennent à Poitiers pour écrire le scénario d’un premier Long Métrage car Jump In c’est un processus créatif et un processus d’écriture bien rodé qui a fait ses preuves.


C.S : Avec l’association CINAR, nous organisons une journée de l’industrie du cinéma au cours de laquelle douze films en cours d’écriture sont présentés à des professionnels. Le Poitiers Films Festival sera présenté au public pictavien le 21 novembre à 19 heures ; elle sera suivie par la diffusion en avant première de Lost Country.


R.G (en réponse à la question d’un confrère) : Pour vous répondre, le remplacement d’Aldric Bostffocher est en cours et devrait être effectif en mars ou en avril 2024. En attendant, la programmation des films du TAP Castille est réalisée par Jean Petit Grosmann qui est un prestataire extérieur. Il travaillera avec nous jusqu’à l’arrivée du nouveau directeur ou de la nouvelle directrice du TAP Castille.


Le Poitiers Films Festival, dont la prochaine édition approche à grands pas, permettra à chacun, du plus petit au plus grand, de trouver son compte dans toutes les diffusions et animations qui seront proposées. Pour tous renseignements complémentaires (tarifs, séances, avant-premières …) c’est ici : https://poitiersfilmfestival.com



* PFF : Poitiers Films Festival


** : Lors de la seconde diffusion des court-métrage au TAP, les réalisateurs seront présents dans la salle


Crédit photo TAP Poitiers : Arthur Péquin

Crédit photo TAP Castille : Snipimages pour France Bleu