jeudi 28 avril 2022

Les animaux fantastiques 3 : Les secrets de Dumbledore un film sympa mais mi figue mi raisin

 


                                                        Jude Law : Albus Dumbledore


La saga Harry Potter est terminée, et les livres comme les huit films ont connu un succès phénoménal qui se poursuit au hasard des (re)diffusions télévisuelles. Avec la série « Les animaux fantastiques » JK Rowling a trouvé un filon tout aussi fructueux qu’Harry Potter. Après « Les animaux fantastiques » (sorti en 2016) et « Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald » (2018), le troisième opus, « Les animaux fantastiques : les secrets de Dumbledore » est sorti en France le 13 avril dernier. Si les potterhead avertis retrouvent avec plaisir Norbert Dragonneau et son frère Thésée, Jacob Kowalski, Queenie Goldstein et consorts dans un film sans temps morts et avec des effets spéciaux remarquables, les néophytes trouveront peut-être le film un peu « étrange ». Je rappelle donc que cette série, prévue pour compter cinq épisodes, se déroule dans les années 1920, soit environ 70 ans AVANT le début des aventures du célèbre sorcier à la cicatrice en forme d’éclair et aux lunettes rondes.



                                                     Eddie Redmayne : Newt Scamander


Ce troisième opus se focalise sur Albus Dumbledore (1881-1997) et son frère Abelforth (né vers 1884) qui sont deux des personnages principaux. Mais c’est aussi l’occasion de revoir le magizoologiste Norbert Dragonneau (né en 1897) et son frère Thésée (né en 1888 ou en 1889, un 24 février) qui travaille pour le ministère britannique de la magie (bureau des aurors). Je m’interroge par contre sur la présence de Minerva MacGonagall. J’adore ce professeur l’un des meilleurs enseignants, si ce n’est le meilleur, du collège poudlard mais on est censé(s) être au milieu des années 1920 ; or à cette époque Minerva MacGonagall n’est même pas encore à l’état de projet ce qui me laisse quelque peu perplexe quant à sa présence dans cet épisode, aussi brève fut elle, mais bon. Cela étant dit on découvre bien peu de secrets : Albus était homosexuel ? Ce n’est pas une surprise, J.K Rowling l’avait déjà dit dans un tchat avec des potterhead. Croyance Belbosse est un Dumbledore ? On le savait depuis la fin de l’épisode précédent ; il est le fils d’Abelforth et donc le neveu d’Albus. Donc peu de secrets croustillants sur Albus, mais par contre il faut bien reconnaître que les acteurs sont excellents. On regrettera cependant que Johnny Deep ait été remplacé dans le rôle de Gellert Grindelwald par Mads Mikkelsen ; non que Mikkelsen soit mauvais, mais cela ôte un peu du petit grain de folie que Deep donnait au personnage qui préfigure ce que sera Voldemort quelques décennies plus tard. Les deux frères Dragonneau sont à la fois totalement opposés mais tellement complémentaires et Eddie Redmayn et Callum Turner incarnent ce duo explosif avec talent. Mais mes deux chouchous dans « la bande » restent Jacob Kowalski (Dan Fogler) et Quinnie Goldstein (Alison Sudol). Ces deux là sont incontestablement faits l’un pour l’autre malgré tout ce qui les sépare, à commencer par le fait que la dulcinée de Jacob ait suivi Grindelwald à a fin de l’épisode précédent. On ne voit presque pas Tina Goldstein, la sœur de Quinnie, dans ce troisième opus et c’est grand dommage car elle aurait eu beaucoup à dire et à faire dans ce film. La belle surprise de ce nouvel opus c’est le professeur Eulalie « Lally » Hicks qui enseigne les sortilèges aux États Unis ; elle se bat avec courage contre Grindelwad après avoir été chercher Jacob qui retrouve Norbert Dragonneau avec une joie non dissimulée. Après trois épisodes des Animaux fantastiques, je m’étonne encore de voir que Jacob est le seul moldu à voir et à intégrer le monde magique même s’il n’en comprend pas encore complètement le fonctionnement et les codes.


Ce troisième opus des animaux fantastiques est certes bien réalisé et remarquablement joué, mais il y manque de véritables secrets et aussi le petit grain de folie qu’apportait Johnny Deep au personnage de Grindelwald. J’espère quand même que nous aurons droit aux deux derniers épisodes de la série, parce que je dois admettre que je regretterais très fort un arrêt aussi brutal.


distribution : Eddie Redmayn, Newt Scamander (Norbert Dragonneau) ; Jude Law : Albus Dumbledore ; Mads Mikkelsen (remplace Johnny Deep dans le rôle de) : Gellert Grindelwald ; Ezra Mille : Credence Barebone (Croyance Bellebosse/Aurélius Dumbledore), fils d’Abelforth) ; Dan Fogler : Jacob Kowalski ; Alison Sudol : Queenie Goldstein ; William Nadylam : Yusuf Kama ; Callum Turner : Theseus Scamander (Thésée Dragonneau) ; Jessica Williams (II) : Eulalie “Lally” Hicks ; Victoria Yeates : Bunty ; Richard Coyle : Ableforth Dumbledore ; Maria Fernanda Cândido : Vincencias Santos ; Oliver Masucci : Anton Vogel ; Katherine Waterston, Tina Goldstein ; Poppy Corby-Tuech, Vinda Rosier ; Maja Bloom, Carrow ; Paul Low-Hang, Zabini ; Wilf Scolding, Frank Doyle ….

samedi 5 mars 2022

Phèdre ! : Un seul en scène hilarant autour de la tragédie de Jean Racine interprété par Romain Daroles

 


Une fois n’est pas coutume, cette notule va tourner autour d’un seul en scène. Celui de Romain Daroles intitulé Phèdre ! Écrit et mis en scène par François Gremaud. C’est la curiosité qui m’a amenée à aller voir ce seul en scène car je me demandais ce que l’on pouvait faire d’une telle tragédie. Et le résultat est bluffant. Tout y est, talent, humour, références historiques, références musicales (variété, rock, opéra …).


Il n’y a pas de décors particuliers : Sur la scène il n’y a qu’un linge blanc et une table, les lumières sont certes sobres mais efficaces et la mise en scène de François Gremaud, qui est aussi l’auteur du texte de Daroles, est allante, pleine de vie et sans temps morts. Et c’est une heure quarante cinq de spectacle qui passe sans qu’on s’en aperçoive. Phèdre, la tragédie de Jean Racine (1639-1699) qui a inspiré Gremaud est d’autant plus présente que le narrateur, Romain Daroles, finit par interpréter ladite tragédie. Et c’est là que Romain Daroles, qui prend toutes les voix en y ajoutant des accents très inattendus, démontre toute l’étendue de son talent : Oenone, la confidente de Phèdre, a l’accent provençal ; Thésée est plus ou moins un roi « rockeur » … Autant de détails qui donnent à ce Seul en scène une dimension peu commune. Ajoutons à cela des références historiques qui permettent de mieux comprendre la Phèdre de Racine. Pour permettre au public de comprendre le pourquoi de certaines situations, Gremaud remonte dans le temps : entre les guerres gréco-grècques qui permettent de comprendre pourquoi la jeune Aricie est prisonnière de Thésée, la petite enfance de Thésée, le combat contre le minotaure vaincu avec l’aide d’Ariane, la sœur de Phèdre abandonnée à Naxos (d’où la référence à Ariane à Naxos de Richard Strauss [1864-1949]), le suicide du roi Égée qui s’en suit au retour de Thésée qui n’a pas changé les voiles de ses navires.



Cette soirée théâtrale est d’autant plus réussie que Romain Daroles a là une occasion en or de montrer toute l’étendue de son talent de comédien. Il a un sens de l’humour aigu, un véritable don pour la tragédie et pour la comédie, une intelligence rare pour le français du XVIIe siècle prononcé avec une netteté et une précision exceptionnelles, une capacité remarquable à intégrer le public à son spectacle. L’interaction entre le comédien et son public, qui rit aux éclats, est immédiate et dure pendant toute la soirée dans la bonne humeur.


Compte rendu, théâtre. Théâtre. Poitiers, le 4 mars 2022. François Gremaud (né en 1975) : Phèdre ! D’après Phèdre tragédie en cinq actes de Jean Racine (1639-1699). Romain Daroles, comédien ; François Grémaud, mise en scène ; Mathias Brossard, assistant à la mise en scène ; Stéphane Gattoni, lumières.

vendredi 3 décembre 2021

Mon Poitiers Film Festival : entre court et long métrage, une semaine dense et riche en émotions


 

Après une soirée d’ouverture qui pousse à la réflexion quant aux réseaux sociaux dont la violence et la brutalité de ceux qui y naviguent peuvent parfois provoquer bien des malheurs et des drames, nous prenons le chemin du TAP – Castille (les 3 salles de cinéma d’art et d’essai du Théâtre Auditorium de Poitiers), ou sont diffusés une partie des courts métrages sélectionnés pour le festival et les longs métrages et documentaires sélectionnés pour le festival. Y sont également diffusés les films d’animation de Nick Park dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’école de cinéma de Londres dont il fut l’élève. C’est dans des salles en général bien remplies et ou se mélangent jeunes en sortie scolaire, familles et cinéphiles chevronnés que je m’installe.


Vendredi 26 novembre : La soirée d’ouverture a eu lieu au Théâtre Auditorium (le théâtre était bien rempli en ce froid vendredi soir de novembre). La diffusion en avant première d’Arthur Rambo, le dernier opus du réalisateur mellois Laurent Cantet, a fait l’objet d’une notule à part (https://autresarts.blogspot.com/2021/11/laurent-cantet-sinspire-de-faits-reels.html).


Laurent Cantet était présent à cette avant première particulière avec son acteur principal et les deux hommes ont répondu aux questions du public après la diffusion du film. Durée : 1 heure 27


Samedi 27 novembre (TAP – Castille) : J’ai assisté à la diffusion de deux séries de courts métrages. Il faut savoir que le public est sollicité et chaque spectateur est donc jury pour cette catégorie de la compétition ; c’est donc avec attention que chacun doit regarder chaque court métrage. Les films ont été réalisés par des jeunes en fin d’études d’écoles de cinéma et viennent du monde entier.


Lundi 29 novembre (TAP – Castille) : C’est la catégorie « filmer l’adolescence » qui était à l’honneur avec deux documentaires très intéressants : Swagger de Olivier Babinet et La cour de babbel de Julie Bertucelli. Ces deux films classés dans la catégorie documentaires relatent le quotidien de jeunes des cités, pour le premier, et la vie d’une classe d’accueil pour jeunes étrangers qui apprennent le français tout en suivant une scolarité aussi normale que possible au collège pour le second.


Mardi 30 novembre (TAP – Castille et TAP) : Poursuivant mon parcours au Poitiers Film Festival, je retourne au TAP – Castille pour un autre long métrage consacré à l’adolescence : « Adolescentes » de Sébastien Lifshitz. Lifshitz a suivi Emma et Anaïs deux jeunes filles de Brive la Gaillarde pendant cinq ans. On les voit évoluer, changer, grandir, être témoins des attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre, passer le brevet des collèges et le baccalauréat (professionnel pour Anaïs et général pour Emma). Si le film a été diffusé au TAP – Castille, la conférence « dialogues de réalisateurs » se déroulait, elle à l’auditorium du TAP. Sébastien Lifshtz (« Adolescentes ») et Olivier Babinet (« Swagger ») ont raconté les coulisses de leurs tournages respectifs avec extraits des deux films à la clé avant de répondre aux questions du public.


Jeudi 2 décembre (TAP et TAP – Castille) : La journée commence au Théâtre Auditorium avec un ciné-sandwich qui s’inscrit dans le cadre de London Calling. Ce sont donc trois courts métrages en version originale sous-titrée, dont un court métrage d’animation bref mais original conçu en pâte à modeler qui sont présentés au public venu nombreux. De retour au TAP – Castille j’assiste à une troisième et dernière série de cinq courts métrages qui s’inscrit dans le cadre de la compétition et le public est à nouveau jury ; dans cette série il y a un amusant court métrage d’animation dont tous les personnages et les décors sont en papier mâché. Après la diffusion, les équipes de « La ventrière » (France) et de «Céu de Agosto » (Brésil). Pour mon dernier film de la journée, je « retrouve » la catégorie « filmer l’adolescence » et j’assiste à la diffusion de « Nous, princesses de Clève » de Régis Sauder. Ces jeunes de 17 ans sont tous dans la même classe de terminale et on assiste aux cours de « litté » (Littérature) dont l’un des livres principaux est La princesse de Clève de Madame de Lafayette. On assiste, avec les parents, aux émois amoureux de ces jeunes ; mais c’est sans les parents que nous voyons les réactions des jeunes à la publication des résultats du baccalauréats (la jubilation des reçus et la déception des recalés).


Vendredi 3 décembre (TAP – Castille et TAP) : Le dernier long métrage que je vais voir au TAP – Castille est Wallace et Gromit, le mystère du lapin garou de Nick Park. Ce film d’animation est plutôt rigolo et très détendant ; nous étions peu nombreux dans la salle et je le regrette, mais le film a déjà été diffusé à plusieurs reprises depuis sa sortie en 2005. Sortant du Castille, je file au Théâtre Auditorium pour assister à la cérémonie de remise des prix du PFF 2021. Si neuf prix ont été décernés à l’occasion de cette cérémonie animée avec humour par Matthieu Guérineau, ce sont sept films qui ont été récompensés car deux d’entre eux ont reçu deux prix. Les palmarès du Poitiers Film Festival et de sa catégorie « So french » sont indiqués ci dessous :


Palmarès du Poitiers Film Festival 2021 :


Grand prix du jury : Que no mi ro ben los suenos de Zoé Brichau (Belgique)


Prix spécial du jury : The land that rises and descends de Moona Pennanen (Finlande)


Mention spéciale : Scum mutation de Ov (France)


Prix de la mise en scène : Neurim de Shaylee Atary (Israël)


Prix du scénario : Les antécédents familiaux de Mathilde Blanc (Belgique)


Prix du public : Masel tov cocktail de Arkadij Khaet et Mickey Paatzsch (Allemagne)


Prix du jury étudiant : Cicada de Daewoen Yoon (Corée du sud)


Prix de l’extra court : Coffin de Yuanqing Cai, Nathan Crabot, Houzhi Huang, Mikolaj Janiw, Mandimby Lebon, Théo Tran Ngoc (France)


Prix du syndicat français de la critique de cinéma : Que no mi ro ben los suenos de Zoé Brichau (Belgique)


Prix Amnesty International France : Masel tov cocktail de Arkadij Khaet et Mickey Paatzsch (Allemagne)


Palmarès de la catégorie So French 2021


Prix du jury : Les vilains petits canards de Anton Balekdjian (Lyon)


Prix du public : Donjon & cie de Adèle Bichon, Alizée Garnier, Noëllic Lebouvier, Yann Orhon, Léonard Plata, Mattéo Rivière (Nantes)


Prix de l’extra court : Coincés de Maša Avramović (Bourg lés Valences)


Prix du jury lycéen : Les chairs froissées de Paul Guy Rabiet (Beaune)


Prix du jury étudiant international : Vies-à-vies d’Alice Sarrauste (Angoulême)


C’est une semaine très intense et variée qui a permis à un public nombreux mélangeant jeunes, moins jeunes et tous petits pour des séances riches en émotions. Cette quarante quatrième édition du Poitiers Film Festival a tenu toutes ses promesses et je ne peux que saluer l’implication totale de l’ensemble des équipes du Théâtre Auditorium de Poitiers et du Poitiers Film Festival qui ont su relever le défi avec talent et bonne humeur.



dimanche 28 novembre 2021

Laurent Cantet s’inspire de faits réels pour son dernier film : Arthur Rambo (ou la violence des réseaux sociaux)

 


Si certains peuvent avoir des doutes sur la violence des réseaux sociaux, l’affaire Medhi Meklat est là pour leur rappeler que lesdits réseaux sociaux, à commencer par twitter, peuvent l’être – violents – et détruire un homme (ou une femme) en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. C’est de cette histoire que le réalisateur mellois Laurent Cantet s’est inspiré pour réaliser son dernier opus : Arthur Rambo. « Il n’était pas question de réaliser un biopic, ce n’était pas mon but. » nous dit Cantet qui ajoute : « J’ai longtemps hésité, j’ai beaucoup réfléchi sur le sujet avant de me lancer. ». Et d’ajouter – en insistant beaucoup la dessus – pendant le débat qui a suivi la diffusion du film « C’est nous qui avons écrit les tweets en écrivant le scénario martèle-t-il ; et la production a tenu à le (re)préciser dans le déroulé de fin. »




Rabah Naït Oufella campe un Karim D émouvant dans la tourmente. D’abord insouciant, voire même inconscient, il commence d’abord par prendre la remontée de ses tweets antisémites et racistes à la légère persuadé qu’il est que « l’affaire » se tassera d’elle même. Mais la chute est d’autant plus brutale que « l’affaire » s’amplifie au cours de la nuit à tel point que tout le monde lui tourne le dos ; tout le monde sauf son petit frère, Farid, qui prend pour argent comptant les tweets antisémites d’Arthur Rambo sans réaliser leur dangerosité ni comprendre à quel point ce grand frère adoré regrette ces tweets jamais effacés. Karim D / Arthur Rambo chute sur une partie de son passé qu’il croyait enterrée sans penser un instant que, devenu personnage public grâce à son succès en tant qu’écrivain, tout serait scruté, surveillé. La remontée de ces tweets, ces « délires de gamin » provoque une telle levée de boucliers contre lui, son éditeur le lâche finalement sans plus d’explications, qu’elle finit par lui faire prendre conscience que les réseaux sociaux sont à la fois une bénédiction et une malédiction.


A travers l’affaire Meklat qui éclata au milieu des années 2010 et qui provoqua le départ et l’exil du jeune homme au Japon ou il vit maintenant, Laurent Cantet a tenu à rappeler qu’il faut faire très attention à ce qu’on publie sur twitter, facebook ou Tik Tok et que si on n’y prend pas garde, rien ne se perd. Il nous faut rappeler également qu’«Arthur Rambo » n’est pas un biopic sur l’affaire Medhi Meklat ; Laurent Cantet s’est librement inspiré de ces évènements pour en faire un film poignant et très fort. La sortie du film est prévue pour le 2 février 2022 ; nous ne pouvons qu'encourager nos lecteurs à aller le voir tant Rabah Naït Oufella se montre convaincant en jeune écrivain talentueux mais dépassé par un passé qu'il croyait enterré.


Compte rendu, film. Poitiers. Théâtre, le 26 novembre 2021. Laurent Cantet (né en 1961) : Arthur Rambo. Rabah Naït Oufella, Karim D ; Sofiane Kammes ; Antoine Reinartz ; Aleksandra Yermak, la femme fête ; Anaël Snoek, Clio ; Tony Arnoux, attaché de presse. Durée : 1 heure 27 

lundi 2 mars 2020

De Gaulle : Un biopic intéressant mais un peu lent




On ne présente plus « le général » ; « le général » étant Charles de Gaulle, nommé général de brigade à titre provisoire par Paul Reynaud président du conseil juste avant la débâcle de juin 1940. L'homme du 18 juin, militaire intègre et courageux à la personnalité hors norme fut le témoin désabusé de la drôle de guerre qui se déroula du 3 septembre 1939 au 17 juin 1940. La vie de De Gaulle est si intense, riche et parfois mystérieuse qu'il est difficile d'y consacrer un biopic. Gabriel Bomin tente le pari en ne se focalisant que sur les évènements qui précède immédiatement l'appel du 18 juin 1940 et l'appel lui même. Même en ne se concentrant que sur cette courte période qui va approximativement d'avril à juin 1940 Bomin ne parvient pas à rendre complètement le vent de panique qui souffle sur la France. Entre l'éxode qui jeta des millions de français sur les routes, les combats désespérés des soldats français qui tentaient encore de croire à une victoire sur les nazis, les atermoiements de Paul Reynaud, qui vivait alors ses dernières semaines de président du conseil et les coups de boutoir des « défaitistes », tels Pétain et Weygand, ainsi que les appelait De Gaulle le film, aussi bien interprété et tourné soit il, ne parvient jamais vraiment ni à décoller ni à rendre la peur et le désespoir des uns et des autres. Au milieu de ce maelströme de dévastation et d'incertitude, on peut voir le général et son épouse Yvonne, tenter de maintenir une vie de famille et tenter de protéger les leurs à commencer par la benjamine de leurs trois enfants, Anne, née trisomique en 1928. C'est ainsi que nous avons droit à des flash-back qui nous ramènent à l'époque de la naissance d'Anne dans les années 1928-1930, lorsque le futur général et son épouse réalisent qu'Anne est trisomique - les médecins parlaient alors de « mongolisme » et retiraient presque toujours les enfants à leurs parents. Le couple refusera cette « proposition » et s'occupera lui même de sa fille jusqu'à son décès en 1948 ; bouleversé par la disparition de sa fille le général aura alors ce mot devant la tombe d'Anne: « Maintenant, elle est comme les autres ».

L'époque (l'entre deux guerre) : pour comprendre comment la seconde guerre mondiale a pu éclater, il faut remonter à la défaite sévère de l'Allemagne en 1918 et à l'humiliante signature de l'armistice le 11 novembre 1918 à Rethondes dans un wagon aménagé en hâte. Le traité de paix, signé quelques mois plus tard, marqua la fin définitive des empires d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie et le début en Allemagne de l'éphémère république de Weimar. Les conditions de ce traité de paix étaient excessivement restrictives et financièrement très/trop lourdes

  • l'Allemagne n'avait plus le droit d'avoir une armée et a dû démobiliser tous ses hommes et détruire la totalité de son stock d'armes.

  • Interdiction de produire les matériaux nécessaires à la production d'armes

  • Restitution à la France de l'Alsace et de la Lorraine « confisquées » après la défaite de la France lors de la guerre de 1870

  • paiement de dommages et intérêts exhorbitants à la France

  • occupation de la Ruhr, le « land minier » de l'Allemagne

…

Autant de conditions qui contribueront à la ruine de l'Allemagne et à la montée en puissance du nazisme – on verra des gens aller chercher leurs salaires dans des brouettes tant l'argent ne valait plus rien. Si la Société des Nations (ancêtre de l'actuel ONU) était censée veiller à ce que la Grande Guerre soit la « der des der », elle échouera lamentablement dans sa mission.

Dès les années 1920 une pensée extrémiste teintée de socialisme commence à se développer. Elle est déclinée dans un livre (« Mein Kampf » - mon combat) par un ancien combattant de la grande guerre, peintre raté, antisémite notoire, à l'ambition sans borne : Adolphe Hitler. Brutal et violent, il montera des troupes d'élites, les SS et les SA (les seconds seront d'ailleurs liquidés au profit des premiers) qui éxécuteront les pires besognes d'Hitler – à commencer par la liquidation méthodique et systématique des juifs (considérés comme des « sous hommes ». et marqués de l'étoile jaune de David), des communistes, des homosexuels (que les nazis marqueront d'une étoile rose), des handicapés et de tous ceux susceptibles de souiller la pure et puissante race ayrienne.

Dans les années 1930, l'Allemagne commence à se réarmer peu après l'arrivée au pouvoir d'Hitler et de ses sbires. Son armée se reconstitue, la Ruhr, censée être rayée de la carte d'Allemagne réintègre le pays et des camps de concentration apparaissent un peu partout dans le pays (Auschwitz-Birkenau (qui était un camps d'extermination), Bergen-Belsen par exemple). C'est dans ces camps que seront parqués les juifs, les communistes et les opposants au régime. Pour pouvoir étendre les pensées développées dans Mein Kampf, Hitler envahit l'Autriche (son pays d'origine) puis peu à peu toute l'Europe. C'est l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939* qui provoquera l'entrée de la France et de la Grande Bretagne dans la guerre ; car en 39, elle n'est pas encore mondiale.

Le film : il commence en avril 1940, dans les dernières semaines de la drôle de guerre. L'Allemagne avance inéxorablement et envahit les pays de l'Europe de l'Ouest (Pays Bas, Belgique) dont la neutralité ne sera même pas respectée pour pouvoir atteindre la France, responsable selon les nazis des malheurs et de la pauvreté des allemands. Charles de Gaulle n'est alors que colonel et dirige ses hommes au mieux avec ce qu'il a comme matériel et comme armes. Ses demandes d'armes et de chars restent sans réponses et cet officier intègre obéit tout en faisant bien savoir qu'il n'est pas d'accord. Lambert Wilson est méconnaissable en général De Gaulle, malgré une différence de taille importante (le général De Gaulle mesurait 1m96) ; il donne vie avec talent au général laissant transparaitre les doutes et états d'âme de l'homme sans oublier que le militaire doit garder en permanence le contrôle de lui même pour pouvoir prendre des décisions. Isabelle Carré est une Yvonne de belle tenue, mais il manque le petit plus qui en aurait fait une interprète exceptionnelle. En effet « Tante Yvonne », discrète et très présente pour ses enfants, était une femme de caractère et, de par son éducation, intransigeante, allant jusqu'à refuser de recevoir des personnes divorcées. C'est à travers les souvenirs d'Yvonne qu'on voit les De Gaulle prendre soin d'Anne, la « Toute Petite » née trisomique.Dans le reste de la distribution, je note le beau Reynaud d'Olivier Gourmet et le Mandel convaincant de Gilles Cohen. Gabriel Le Bomin a aussi fait appel à Victor Belmondo ( Claude Hettier de Boislambert). Les anglais Churchill et Spears sont bien incarnés par Tim Hudson et Andrew Bicknel.

Si j'ai apprécié le film, j'ai trouvé qu'il manquait clairement d'allant. J'ai trouvé que la peur panique des gens jetés sur les routes de l'exode était bien peu visible ; quant à la bataille de France, elle était presque trop ordonnée, voire surréaliste, vidée de toute substance. Je trouve que la lenteur des derniers combats de fin avril et du mois de mai nuit au film. L'intention est excellente mais le résultat manque de peps, d'autant que La Bomin a fait appel à des comédiens remarquables qui ont beaucoup donné mais qui auraient pu être poussés dans leurs retranchement.

Compte rendu, cinéma. Poitiers. CGR Castille, le 1er mars 2020 (film diffusé en avant première). Gabriel Le Bomin : De Gaulle – durée : 1 heure 50. Lambert Wilson : Charles de Gaulle ; Isabelle Carré : Yvonne de Gaulle (née Vendroux) ; Olivier Gourmet : Paul Reynaud ; Gilles Cohen : Georges Mandel ; Laurent Stocker : Jean Laurent ; Catherine Mouchet : Mlle Potel ; Sophie Quinton : Suzanne ; Andrew Bicknel : général Edward Spears ; Tim Hudson : Winston Churchill ; Philippe Laudenbach : maréchal Pétain ; Nicolas Robin : Alex Surchamps ; Evelyne Buyles : tante Richard ; Philipine Leroy-Beaulieu : Hélène De Portes ; Alain Lenglet : Maxime Weygand ; Nicolas Vaude : Paul Baudoin ; Victor Belmondo : Claude Hettier de Boislambert ; Marilou Aussiloux : Elisabeth de Miribel ; Clémence Hittin : Anne de Gaulle ; Lucie Rouxel : Elisabeth de Gaulle ; Félix Back : Philippe de Gaulle ; Pierre Hancisse : Geoffroy Chodron de Courcel.




* je passe sur tous les efforts des dirigeants européens pour tenter d'éviter la guerre dès 1933/34 car ce n'est pas le sujet et cela serait un peu trop long à reprendre dans le détail.

vendredi 22 novembre 2019

J'accuse : Roman Polanski revient sur une monstrueuse erreur judiciaire





Si on sait tous que Roman Polanski (né en 1933) est loin d'être un saint, les accusations de viol qui ont accompagné la sortie de son dernier opus ont constitué la meilleure publicité que l'on pouvait imaginer car la salle ou je me trouvais était bien pleine. Je ne reviendrai pas sur cette histoire de viol, ancienne au demeurant, car ce n'est pas là le sujet de cette notule ; c'est au réalisateur de « J'accuse » que je vais m'intéresser. Et avec ce film, il réalise un véritable coup de maître. De quoi s'agit il ? Le film J'accuse revient sur l'affaire Dreyfus qui empoisonna les dernières années du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Le titre du film reprend le titre du célèbre article d'Emile Zola (1840-1902) qu'il publia dans le journal l'Aurore, propriété de Georges Clémenceau (1841-1929), qui sera surnommé quelques années plus tard « le tigre » suite à la création des brigades de police mobile qui intervint en 1907. Cette affaire qui s'étend sur une douzaine d'années ébranla aussi bien l'armée, « La grande muette », que les gouvernements successifs qui se trouvèrent empétrés dans les multiples mensonges d'Etat sur lesquels personne ne pouvait plus revenir sous peine de se discréditer définitivement aux yeux du public et même de l'Europe. On ne peut qu'être stupéfait de voir l'incroyable travail de recherche mené en amont de la réalisation du film, tant par Roman Polanski que par ses acteurs.

L'affaire Dreyfus elle même (1894-1906) :

En 1894, le bureau de renseignements de l'armée découvre qu'un traître transmet des renseignements classés secret/défense à l'ambassade d'Allemagne située, en cette fin de XIXe siècle, rue de Lille à Paris. Dans le souci de faire cesser ce « scandale », les officiers généraux incriminent le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935), officier d'artillerie de confession juive, stagiaire au bureau de statistiques. Le capitaine est donc convoqué au ministère de la guerre, ancêtre du ministère de la défense, sous un prétexte quelconque et se voit prié d'écrire, sous la dictée, une lettre ; à peine est elle écrite qu'il se voit accusé de haute trahison, arrêté et aussitôt conduit en prison.

  • 22 décembre 1894 : 1er conseil de guerre. Le « procès » se tient à huis clos sans que le capitaine puisse se défendre correctement. A l'issue de ce qui s'avérera être une parodie de procès, le capitaine Dreyus se voit condamné à la dégradation et condamné à la prison.

  • 23 février 1895 : Le capitaine Dreyfus est dégradé devant ses pairs et devant une foule haineuse et farouchement antisémite. Cela n'empêche pas le malheureux de clamer une fois encore son innocence : « Soldats on dégrade un innocent. Soldats on déshonore un innocent. ». Dans la foulée il est ramené en prison puis transféré en Guyane sur l'île du diable. Ce minuscule caillou est en plein milieu de l'océan ce qui ne laisse aucun espoir au prisonnier de pouvoir prendre la fuite.

Après le conseil de guerre et la déportation de Dreyfus, l'armée et le gouvernement de l'époque considérèrent l'affaire classée. C'est l'enchaînement des évènements à partir de 1896 qui provoqua l'affaire. Elle fit tant de bruit que le scandale du détroit de Panama qui impliqua de hautes personnalités civiles françaises et étrangères passa inaperçu.

1896 : le commandant Marie-Georges Picquart est promu lieutenant colonel et prend la tête du bureau des statistiques en remplacement du colonel Sandherr, gravement malade, et mis à la retraite d'office. L'affaire est alors considérée comme jugée et classée ; cependant, un document connu sous la dénomination de « petit bleu » tombe fortuitement entre les mains du colonel Picquart. L'affaire Dreyfus commence et l'ampleur qu'elle prend alors ne cessera jamais d'enfler jusqu'à diviser la France en deux camps jusqu'en 1906 :

  • les généraux Gonse, de Boisdeffre et Mercier ainsi que le ministre de la guerre, le général Billot, ordonnent à Picquart d'oublier le bordereau, le « petit bleu » et toute « l'histoire » Dreyfus.

  • Officier certes antisémite mais intègre, le colonel Picquart désobéit et poursuit son enquête au grand dam de ses supérieurs. Le nom du commandant Esthérazy apparaît alors et il apparaît que son écriture est la même que celle des preuves qui ont provoqué la condamnation et la déportation du capitaine Dreyfus un an plus tôt.

1897 : L'affaire devient politique. Pendant que le commandant Henry prend du grade, il est promu lieutenant colonel et prend la direction des Services de Renseignements, il « produit » un faux pour sauver ses supérieurs (le « faux Henry ») Picquart se confie à son ami d'enfance, l'avocat Louis Leblois. C'est cet avocat qui prendra plus tard contact avec le sénateur Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899). Le colonel Picquart, après plusieurs missions en France et à l'étranger, missions destinées à l'éloigner de Paris et à le faire taire, est dégradé puis chassé de l'armée avant d'être envoyé en prison d'abord au Mont Valérien puis à la prison de la santé.

1898 : L'assemblée nationale et le sénat se divisent mais c'est le célèbre article d'Emile Zola (1840-1902) qui va faire du bruit et enfoncer le clou un peu plus profondément. Dans « J'accuse », sa lettre ouverte au président de la république de l'époque, il reprend point par point l'affaire et pointe du doigt ses incohérences avant de terminer par une tonitruante série de « j'accuse » ou il cite les noms de tous ceux qui se sont empétrés si loin dans leurs mensonges qu'ils ne peuvent plus se dédire sous peine d'achever de se discréditer ; Zola met aussi en cause le premier conseil de guerre qu'il cite nomément en tête de liste. Le procès qui s'ensuit devient une incroyable tribune aussi bien pour les dreyfusards, bien que le tribunal et l'armée tentent par tous les moyens de les faire taire, que pour les anti-dreyfusards. Bien que le célèbre écrivain soit condamné à un an de prison et à 3000 francs d'amende, il n'ira jamais en prison puisqu'il s'enfuit à Jersey ou il mourra en 1902. Le colonel Picquart rencontre le colonel Henry qui l'a provoqué en duel à l'épée ; duel que Picqaurt remporte après avoir blessé deux fois son adversaire au bras, le rendant incapable de poursuivre. Tandis que Picquart sort enfin de prison, ou il a passé un an sans procès, le colonel Henry, dont le faux a enfin été découvert, va au Mont Valérien dans l'attente de son procès. Il se suicide avant même d'être jugé.

1899 : Le capitaine Dreyfus est rapatrié en métrople pour passer devant un nouveau conseil de guerre. Il ne sera pas plus en mesure de se défendre, mais, même s'il est à nouveau condamné, avec circonstances atténuantes (circonstances atténuantes de quoi, d'ailleurs?), il ne retournera jamais sur l'île du diable. Le commandant Esthérazy, le véritable traître, ne sera jamais jamais inquiété ni condamné à une quelconque peine de prison et mourra paisiblement quelques années plus tard.

1906 : Alfred Dreyfus été gracié par le président de la république au tout début du XXe siècle. Un dernier conseil de guerre a finalement reconnu l'innocence de Dreyfus qui est réhabilité, réintégré dans l'armée et promu au grade de commandant. Qaunt à Picquart, lui aussi réhabilité et réintégré dans l'armée, il est nommé général de brigade. Ministre de la guerre en 1906 dans le même gouvernement que Clémenceau, ministre de l'intérieur, il passera les dernières années de sa vie en Alsace. Picquart meurt quelques semaines avant le déclenchement de la grande guerre tandis que Dreyfus se battra courageusement au service de la France ; il meurt paisiblement en 1935 après avoir, bien malgré lui, divisé le pays. Il est à noter que, même s'il a été effectivement été promu après sa réhabilitation, les années passées sur l'île du diable n'ont pas été prises en compte ; Dreyfus n'a donc jamais eu le grade auquel il aurait pu aspirer s'il n'y avait pas eu d'affaire. Cette affaire ahurissante aura duré douze ans et provoqué bien des drames. Les mensonges institutionnels devenus vérité d'état perdurent encore dans certaines franges de la société française plus d'un siècle près la fin de l'affaire Dreyfus.

Le film

Roman Polanski n'est pas le premier à s'intéresser à l'affaire Dreyfus et son film est le dernier en date d'une longue série. Cela étant dit, pour J'accuse, le réalisateur s'est focalisé sur le colonel Marie-Georges Picquart et l'enquête qu'il mena après la découverte du « petit bleu » dont il s'aperçut qu'il innocentait le capitaine Dreyfus. C'est donc de son point de vue, et basé sur les souvenirs du futur général que le film a été réalisé. La distribution convoquée pour J'accuse réunit une kyrielle de comédiens talentueux, dont beaucoup sont aussi sociétaires de la comédie française. On notera aussi l'incroyable et très rigoureux travail de recherches mené par Polansky et par ses comédiens pour le film. Le résultat à l'écran est d'ailleurs stupéfiant ; ce n'est ni Jean Dujardin ni Louis Garell que l'on voit mais bien Picquart et Dreyfus, le second (Louis Garell) étant par ailleurs totalement méconnaissable.

A tout seigneur tout honneur ; Jean Dujardin est un Marie-Georges Picquart remarquable. Il s'est si bien imprégné du personnage et du contexte conflictuel de l'époque que le comédien et le militaire intègre ne font plus qu'une seule et même personne. Louis Garell, si bien grimé, qu'il en est devenu méconnaissable, est un Dreyfus excellent ; et même si l'on voit assez peu le capitaine, il est omniprésent tant il cristallise sur son nom et sa foi à la fois haine et sympathie. Dans la cohorte de militaires tous aussi antisémites et sans scrupules les uns que les autres on appréciera tout particulièrement le commandant Henry retors, méchant et sournois à souhait campé par Grégory Gadebois. Laurent Natrella est un commandant Esthérazy aussi lâche et pleutre que le véritable militaire qui, terrorrisé à l'idée d'aller en prison, a fait feu de tous bois pour que Dreyfus reste ou il était couvert qu'il était pas ses supérieurs et avec Didier Sandre nous avons un général De Boisdeffre de luxe. En ce qui concerne les civils, on apprécie tout particulièrement la présence d'Emmanuelle Seignier qui incarne une convaincante Pauline Monnier ; quant à Denis Podalydès, Melvil Poupaud et Vincent Perez ils campent un trio d'avocats de très belle tenue. On notera la participation d'André Marcon qui campe un Emile Zola à la fois provocateur et digne « Vous ne pouvez pas parler publiquement, mais moi je peux. » dit il à Picquart lorsqu'ils se rencontrent chez maître Leblois, et il le fera avec panache ; sa célèbre lettre ouverte, qui donne son titre au film, au président de la république a provoqué un scandale sans précédent et donné un tournant décisif à une affaire clivante, très méditisée et loin d'être terminée en ce début d'année 1898. Et si le procès qui s'ensuit condamne Zola à la peine maximale prévue par la loi de l'époque (1 an de prison et 3000 francs d'amende) il ne la purgera jamais en s'enfuyant à Jersey et en ayant obtenu ce qu'il voulait : la prise en compte des protestations d'innocence du capitaine qui sera rejugé un an plus tard. Mort en 1902 peu après son retour à Paris, Zola ne verra jamais la réhabilitation de Dreyfus et sa réintégration dans l'armée française. Nul doute cependant que s'il avait été témoin de la promotion étonnamment « basse » d'Alfred Dreyfus il eût repris la plume pour dénoncer cette injustice.

C'est une reconstitution de très belle tenue que nous propose Roman Polanski. On peut penser ce qu'on veut de l'homme, le réalisateur signe là un de ses plus beaux opus. Opus d'ailleurs fort bien défendu par une distribution cinq étoiles menée tambour battant par un Jean Dujardin très inspiré et un Louis Garell très convaincant.

CR film. Poitiers. TAP – Castille. Cinéma d'art et d'essai, le 19 novembre 2019. Roman Polanski (né en 1933) : J'accuse. Jean Dujardin, colonel Marie-Georges Piccquart ; Louis Garell, capitaine Alfred Dreyfus ; Emmanuelle Seigner, Pauline Monnier ; Grégory Gadebois, commandant Henry ; Hervé Pierre, général Gonse ; Vladimir Yordanoff, général Mercier ; Didier Sandre, général de Boisdeffre ; Melvil Poupaud, maître Labori ; Eric Ruff, colonel Sandherr ; Mathieu Amalric, Bertillon (criminologue) ; Laurent Stocker, général de Pellieux ; Vincent Perez, maître Leblois ; Michel Vuillermoz, commandant Du Patty de Clam ; Vincent Grass, général Billot ; Denis Podalydès, maître Demange ; Damien Bonnard, commissaire spécial adjoint Desvernine ; Michèle Clément, lavandière ; Pierre Léon Duneau, capitaine Valdant ; Laurent Natrella, commandant Esthérazy ; Bruno Rafaelli, juge Delegorgue ; André Marcon, Emile Zola ; Gérard Chaillou, Georges Clémenceau ...